Dans la première parution de cet article en deux parties (disponible sur https://jae.adventist.org/2020.82.3.5), les lecteurs ont été initiés à la conception et à la méthodologie d'une étude qui a examiné la culture adventiste au sein des États-Unis continentaux – ses racines, ses ramifications et sa relativité parmi les membres de l'église.


Chaque communauté a sa propre culture – née d'expériences partagées, d'une langue commune, de coutumes communes – et l'Église adventiste du septième jour n'est pas différente. Si on le leur demande, les membres nord-américains adultes de l'Église peuvent faire référence au plat populaire appelé haystacks (littéralement « bottes de foin ») ou à la marche à pied, mais pas à la natation, le jour du sabbat. Ils peuvent se disputer passionnément sur leurs préférences pour un type de viande végétarienne plutôt qu'un autre ou sur la question de savoir si la carte du corbeau doit être le meilleur ou le pire atout au jeu du Rook. Ils peuvent se souvenir d’excursions ou de décathlons scolaires, de voyages en camping ou de repas de fêtes alors qu'ils fréquentaient l'un des établissements d'enseignement supérieur de l'Église ; cependant, comme nous l'avons vu dans le premier article, il s'agit de questions culturelles.

Mes recherches ont porté spécifiquement sur ce paradigme de la culture adventiste. Pour commencer, je voulais savoir si ce paradigme existait. C'est une chose de discuter d'anecdotes autour d'un repas canadien, c'en est une autre de produire des preuves empiriques. Mais si les membres de l'Église adventiste du septième jour en Amérique du Nord ont une culture commune – ce qui est mon hypothèse –, je voulais faire un pas supplémentaire et examiner la force des tendances culturelles des différents individus et son effet sur le comportement – à savoir, le choix de l'école.

Cet article présente les résultats et les conclusions de mes recherches, évalue les conséquences sur le choix de l'école et propose une discussion approfondie sur les moyens d'utiliser au mieux ces données au niveau local. Cette étude a été menée avant la pandémie COVID-19 et le passage à l'apprentissage virtuel qui a suivi. Les recommandations d'application sont donc spécifiques aux environnements d'apprentissage en présentiel.

Les résultats

Pour avoir une image plus complète de l'étude, il est utile de comprendre d'abord la composition démographique des personnes qui ont répondu. Les critères de l'enquête1 étaient a) être membre d'une église adventiste du septième jour locale aux États-Unis et b) être parent d'un enfant d'âge scolaire de la maternelle à la 12e année pour l'année scolaire 2017-2018.

Sur le total des répondants,

  • 82,7 % avaient entre 36 et 55 ans ;
  • 86,7 % étaient mariés ;
  • 81 % étaient titulaires d'une licence ou d'un diplôme supérieur ;
  • 61 % avaient un revenu annuel de plus de 80 000 dollars américains;
  • 75 % étaient blancs, 13 % étaient hispaniques, 9 % étaient asiatiques et 5 % étaient afro-américains ;
  • 19 % n'avaient jamais fréquenté d’école adventiste de la maternelle à la 12e année, 20 % avaient fréquenté une école adventiste de la maternelle à la 12e année pendant quelques années, et 61 % avaient fréquenté une école adventiste de la maternelle à la 12e année pendant la majeure partie ou la totalité de leur expérience primaire et secondaire.

Passant de l'analyse descriptive à un examen plus fin des données, je me suis référée à mes questions de recherche initiales. Premièrement, en quoi le choix de l'école diffère-t-il entre les parents adventistes ? Il s'est avéré que plusieurs facteurs issus de l'analyse factorielle avaient un rapport significatif avec le choix de l'école.

Il y a une corrélation entre le contexte éducatif d'un parent et le choix de l'école pour ses enfants (Graphique 1). Parmi tous ceux qui ont fréquenté une école adventiste, ne serait-ce que pour une partie de leur scolarité primaire ou secondaire, plus de 60 % ont choisi de placer leur enfant dans une école adventiste de la maternelle à la 12e année. En revanche, seuls 20 % de ces parents ont choisi une école non adventiste pour leur enfant3.

Le revenu est également apparu comme un facteur important dans le choix de l'école. Comme le montre le Graphique 2, les parents qui déclarent des revenus inférieurs à 40 000 dollars par an sont beaucoup moins susceptibles (6,2 %) de placer leur enfant dans une école primaire ou secondaire adventiste, ou de lui faire suivre un enseignement à domicile, que ceux qui gagnent plus de 121 000 dollars (29,9 %). Cependant, il y avait très peu de différence dans le choix de l'école lorsque l'on compare les tranches de revenus moyennes – 40 000 $ à 120 000 $.

Dans l'instrument d'enquête, les répondants devaient indiquer sur une échelle mobile de 0 à 100  le pourcentage d'amis et de collègues adventistes qu'ils avaient. Lors du nettoyage des données, j'ai classé les réponses en deux catégories : 0-49% et 50-100%. Cela s'est avéré être un facteur important pour le choix de l'école. Les parents qui étaient plongés dans un réseau social adventiste avaient quatre fois plus de chances d'inscrire leur enfant dans une école adventiste de la maternelle à la 12e année que dans une école non adventiste (Graphique 3). Ils avaient également deux fois plus de chances de choisir une école adventiste que leurs homologues qui n'avaient pas autant de relations personnelles ou professionnelles adventistes.

Une autre variable (l'union où vit le répondant) a également été associée de manière significative au choix de l'école (p<.01). Cette variable catégorielle a permis de séparer les répondants en groupes en utilisant les huit régions géographiques de la Division nord-américaine qui sont situées aux États-Unis (voir Graphique 4). En général, il semble que, bien que la plupart des adventistes américains interrogés aient envoyé leurs enfants dans une école adventiste de la maternelle à la 12e année, il y avait des variations entre les unions.

Ma deuxième question de recherche portait spécifiquement sur la relation entre la force de l'identité culturelle et le choix de l'école : comment le degré de consonance culturelle du modèle adventiste du septième jour se rapporte-t-il au comportement de consommation tel qu'il est perçu dans le choix de l'école ? L'objectif du développement du domaine et de l'échelle culturels était, dans un premier temps, de mettre au point une évaluation permettant de mesurer l'identité culturelle. Mais pour découvrir plus avant si le degré d'identité culturelle est lié au choix de l'école, la variable d'identité culturelle a d'abord été stratifiée en trois catégories : faible, moyenne et élevée. Les personnes interrogées dans la catégorie « faible » sont celles qui présentent un faible degré de consonance culturelle (identité), c'est-à-dire qu'elles ne pratiquent pas souvent ou généralement les normes, traditions ou attentes culturelles de la culture adventiste du septième jour. Les seuils de chaque catégorie ont été choisis en examinant d'abord un histogramme du score de consonance culturelle de tous les répondants. En raison des courbes grossières notées dans l'histogramme, telles qu'elles sont illustrées dans le Graphique 5, il a été décidé que  « faible » = < -55, « moyen » = -54,99 - 34, et < 35+ = « haute » consonance culturelle.

Avec les données extraites des résultats de l'enquête, j’ai pu classer les répondants selon leur niveau d'identité culturelle, qu'il soit élevé, moyen ou faible. Il y avait donc une différence entre ceux qui avaient une forte identité avec la culture adventiste et ceux qui n'en avaient pas.

La variable de consonance culturelle étant stratifiée, la consonance culturelle et le choix de l'école ont été examinés dans le cadre d'un tableau croisé. Les personnes interrogées dont la consonance culturelle était faible étaient moins susceptibles d'envoyer leurs enfants dans une école adventiste que celles dont la consonance culturelle était moyenne ou élevée. Toutefois, les personnes qui présentaient la plus grande concordance culturelle n'avaient pas le pourcentage le plus élevé d'enfants inscrits dans une école adventiste ; au contraire, les personnes de cette catégorie avaient le pourcentage le plus élevé d'enfants scolarisés à domicile. Ceux qui ont fait preuve d'un degré moyen de concordance culturelle étaient les plus susceptibles d'envoyer leurs enfants dans une école adventiste. Une représentation visuelle simple est fournie dans le Graphique 6. Les personnes ayant une faible identité culturelle ont eu tendance à inscrire leurs enfants dans une école non adventiste, celles ayant une identité culturelle moyenne ont choisi des écoles adventistes, et celles ayant le plus haut degré d'identité culturelle ont scolarisé leurs enfants à domicile.

Grâce à ces résultats, nous pouvons revenir à la stratification par union et évaluer la force de l'identité culturelle dans ce cadre. Le Graphique 7 indique que l'Union atlantique et l'Union du Sud ont le pourcentage le plus élevé de répondants ayant un niveau élevé d'identité culturelle. Si l'on regarde le Graphique 4, ces deux unions avaient également des pourcentages élevés de personnes qui choisissent l'école à domicile – ce qui contribue certainement à valider le lien proposé par cette étude concernant la culture adventiste et le choix de l'école. De plus, deux unions, Lake Union et Pacific Union, ont chacune le pourcentage le plus élevé de répondants ayant une faible identité culturelle – et des pourcentages correspondants élevés de personnes fréquentant des écoles non adventistes4.

Discussion

Dans cette étude, j'ai posé comme hypothèse que le choix de l'école est une extension de l'identité religieuse et culturelle d'une personne, et j'ai donc émis l'hypothèse que la saisie des profils religieux et culturels des parents donnerait des indications précieuses sur le choix d'une école de la maternelle à la terminale pour leur enfant, comme le montre la troisième et dernière question de recherche : dans quelle mesure la religiosité générale, l'engagement doctrinal et l'identité ecclésiale d'un parent adventiste du septième jour tels que représentés par la consonance culturelle peuvent-ils prédire le choix de l'école pour son enfant ? Les résultats ont certainement permis de dégager plusieurs constatations à examiner de plus près.

En examinant le parcours éducatif des personnes interrogées, les données ont montré que celles qui avaient elles-mêmes passé du temps dans une école adventiste avaient plus de chances d'inscrire leur enfant dans une école adventiste (61,2 %) que celles qui n'avaient aucune expérience préalable de l'enseignement adventiste (51,5 %). En outre, il y avait une association significative entre le choix de l'école et le niveau d'éducation des répondants (X2=31,423, p<.01). Cela indique que plus les adventistes américains ont passé d'années dans une école adventiste de la maternelle à la 12e année, plus ils sont susceptibles d'envoyer leurs enfants dans une école adventiste de la maternelle à la 12e année, observation qui s'aligne parfaitement avec d'autres conclusions selon lesquelles les diplômés d'autres écoles confessionnelles sont plus susceptibles que leurs homologues qui ont fréquenté des écoles publiques d'envoyer leurs enfants dans des écoles confessionnelles5.

Plusieurs éléments pourraient être impliqués dans cette variable. Tout d'abord, elle peut indiquer un niveau de familiarité ou d'inclusion en ce qui concerne les expériences des répondants dans le système éducatif adventiste. En 2016, le Centre de recherche sur l'éducation adventiste K-12 (CRAE) a mené un sondage informel, demandant aux membres de l'Église adventiste du septième jour de la Division nord-américaine (NAD) pourquoi ils croyaient en l'éducation adventiste. Les résultats ont été compilés dans un document de marketing qui a fait la promotion des « 100 raisons pour l'éducation adventiste »6. Parmi les centaines de réponses qui ont afflué au bureau du CRAE, en haut de la liste se trouvait l'idée d'être entouré d'individus partageant les mêmes idées. Des commentaires à cette fin ont été formulés :

  • Les étudiants sont invités dans une famille de pairs et d'enseignants adventistes du septième jour ;
  • Pour être avec les mêmes croyants ;
  • Une extension des valeurs qui sont enseignées à la maison ;
  • Les étudiants de l'enseignement adventiste partagent votre moralité ou comprennent pourquoi vous choisissez de vivre comme vous le faites.

Ces déclarations, bien que recueillies de manière informelle, semblent correspondre à l'idée

que les expériences que ces personnes interrogées ont vécues dans une école adventiste étaient positives et familières et qu'elles souhaiteraient que leur enfant vive des expériences similaires – ce qui est correspond à la mentalité « nous aimons ce que nous savons et nous savons ce que nous aimons ».

Ces données impliquent également que non seulement l'expérience était familière, mais qu'elle était positive. La fréquentation d'une école adventiste, surtout si elle est positive, semble amener une personne à envisager plus sérieusement cette option pour la prochaine génération.

D'un point de vue marketing, cela semble également mériter un examen plus attentif. Les recruteurs de l'enseignement adventiste doivent poser cette question aux anciens élèves : Quelles sont les expériences positives que vous avez vécues dans une école adventiste ? Quels types de souvenirs d'une école adventiste de la maternelle à la terminale devraient continuer à être créés et perpétués ? Quels éléments de l'enseignement adventiste d'il y a 20 ou 30 ans devraient être conservés ?

Une autre variable est apparue qui témoigne des différences entre les membres de l'Église adventiste américaine est le lieu géographique, défini par les limites des unions. Il existe une association significative entre l'union et le choix de l'école (X2 = 55,311, p<.01), ce qui indique qu'il existe une relation entre le lieu de résidence des répondants et le choix du lieu où ils désirent scolariser leurs enfants. L’Union Pacifique nord présentait le plus haut pourcentage de répondants qui ont choisi pour leurs enfants une éducation adventiste (68,2 %) mais aussi le plus faible pourcentage des répondants qui ont opté pour une école non adventiste (14,6 %). Cela semble signaler un haut niveau d’engagement envers l’éducation adventiste dans les états du nord-ouest qui composent l’Union Pacifique nord. Il est très intéressant de noter qu’il y a quelques années, un donateur anonyme a couvert toutes les dettes
de toutes les écoles K-12 (de la maternelle à la douzième année) de la Fédération de l’Oregon, une des six fédérations de l’Union Pacifique nord. Sheldon Eakins, un directeur d’une des écoles de la Fédération de l’Oregon, a déclaré : « Quelqu’un qui avait à cœur l’éducation chrétienne voulait que l’école puisse aller de l’avant et bâtir plutôt que de se concentrer sur la dette. » L’engagement de ce seul donateur envers les écoles de l’Oregon semble s’aligner étroitement avec le soutien de l’éducation adventiste par le reste de l’Union.

Dans l’Union Lake, 32,4 % des répondants envoient leurs enfants dans une école non adventiste. C’est le plus haut pourcentage parmi les huit unions. Cela est particulièrement intéressant étant donné que l’Union Lake abrite l’université Andrews et le Séminaire théologique adventiste, une institution éducative qui forme les étudiants pasteurs pour l’Église mondiale.

Cependant, un des sujets émergents dans la conversation sur le déclin des inscriptions dans les écoles adventistes en Amérique du Nord est le manque de participation, de contexte et de compréhension du rôle de l’éducation adventiste parmi les pasteurs. Des études récentes montrent que de nombreux pasteurs sont des personnes de seconde carrière qui n'ont pas ou peu d'antécédents d'éducation adventiste7. Pour différentes raisons, beaucoup d’entre eux n’ont pas fréquenté d’école adventiste dans leur enfance. Ils ont donc, adultes,  une faible compréhension de l’éducation adventiste et peu de loyauté envers elle.

Juxtaposée à cette idée est une conversation que j’ai eue avec la directrice d’Andrews Academy, un lycée adventiste du Michigan. Elle a signalé qu’il y avait une drôle de mentalité dans cette communauté sur les écoles adventistes et non adventistes. Bien que de nombreux membres soient des « adventistes convaincus » – ils sont engagés envers l’Église de diverses manières, et cela inclut les théologiens qui étudient pour un jour diriger l’Église – ils envoient souvent leurs enfants dans les écoles publiques de la communauté parce qu’ils pensent qu’elles sont suffisamment adventistes8. Un certain nombre d’enseignants adventistes enseignent dans les écoles publiques locales et l’on estime qu’environ 40 % de la population étudiante dans les écoles publiques de Berrien Springs est adventiste.  Il y a même un autobus scolaire qui vient sur le campus de l’université Andrews pour chercher les enfants et les conduire à l’école publique en ville. Dans une telle communauté, où il y a une école tout près d’une grande université adventiste ou d’un hôpital, ou encore le financement d’une éducation adventiste peut être difficile en raison du coût des frais de scolarité non seulement pour les enfants mais aussi pour les parents qui poursuivent une éducation supérieure – de nombreux membres d’église choisissent d’envoyer leurs enfants dans des écoles publiques parce cela a l’air adventiste. Ce contexte peut expliquer, en partie, le fort pourcentage de répondants dans la Lake Union qui choisissent des écoles non adventistes.

Une autre variante qui peut parler aux différences parmi les répondants est celle du revenu net du ménage. Le coût de l’écolage est un problème qui est souvent cité quand on discute des questions d’inscriptions. Les parents soutiennent parfois que la raison pour laquelle ils n’envoient pas leurs enfants dans une école adventiste est que le fardeau financier est beaucoup trop lourd. Les données démontrent véritablement une importante association entre le revenu et le choix de l’école. Parmi ceux qui ont choisi une école adventiste pour leur enfant le plus âgé, les personnes interrogées qui ont déclaré les revenus les plus faibles – 40 000 $ ou moins – ont le plus petit pourcentage (6,1 %), tandis que celles qui ont déclaré les revenus les plus élevés du ménage – 121 000 $ ou plus – ont le plus grand pourcentage (29,7 %). Il est toutefois intéressant de noter que parmi les personnes interrogées qui ont choisi une école adventiste, le groupe des revenus de 41 000 à 60 999 dollars (16,1 %) a un pourcentage plus élevé que celui des 61 000 à 80 999 dollars (13,4 %) et des pourcentages similaires à ceux des 81 000 à 99 999 dollars (16,9 %) et des 100 000 à 120 999 dollars (17,8 %).

En d'autres termes, c'est le revenu qui fait la plus grande différence dans le choix de l'école lorsqu'on compare les personnes aux niveaux de revenus les plus élevés et les plus bas, mais cela n'est pas aussi évident dans les groupes à revenus moyens. Cela laisse à penser que si le revenu peut certainement être un facteur déterminant pour ceux qui ont les revenus les plus faibles, il ne semble pas être une question importante pour les autres.

Un autre élément particulièrement intéressant est la variable relative au réseau social adventiste. La relation significative que les données démontrent parle du cercle d'influence, à savoir que les amis les plus proches d'une personne l’influencent ainsi que les décisions importantes de sa vie. Lorsque la variable a été encore plus réduite, le tableau croisé a montré que parmi les adventistes américains qui ont choisi des écoles confessionnelles de la maternelle à la 12e année (N = 536), 90,79 % avaient un grand pourcentage d'amis adventistes (plus de 50 %). De même, parmi le groupe dont les amis étaient principalement adventistes, environ 65 % d'entre eux ont choisi une école adventiste, tandis que 16 % seulement ont choisi une école non adventiste.

Cela semble indiquer un degré de pression sociale ou d’attente qui, dans ce cas, soutient l’éducation adventiste. Les normes sociales peuvent avoir des sanctions internes – par exemple, quand quelqu’un choisit d’agir d’une certaine manière même en l'absence d'autres spectateurs, comme s’agenouiller pour prier au pied de son lit ou ne pas roter.  Par contre les normes sociales peuvent aussi exercer de fortes sanctions externes – les gens se conduisent d’une manière particulière à cause des attentes de ceux qui les entourent9. Dans ce cas, le fait qu'un grand pourcentage de ceux qui ont choisi les écoles adventistes étaient des personnes qui avaient un grand nombre d'amis adventistes fournit un exemple solide de sanctions externes à l'œuvre. Il est facile d'imaginer que le membre d’église A, qui vit près d'une grande université adventiste et dont le réseau d'amis et de collègues comprend principalement d'autres membres de l'Église adventiste, pourrait faire des choix différents de ceux du membre d'église B, qui vit dans un quartier rural de la ville et doit parcourir 60 km pour se rendre à l'église adventiste la plus proche pour y rencontrer d'autres membres d'église.

Il est également intéressant de noter la valeur inverse – presque exactement la moitié des personnes interrogées (50,7 %) qui n'avaient pas beaucoup d'amis adventistes (0-49 %) ont choisi une école non adventiste pour leur premier-né. De manière légèrement différente, si le réseau d'amis d'un répondant était en grande partie adventiste, il ou elle avait deux fois plus de chances d'envoyer son enfant dans une école adventiste (64,6 %) que dans une école non adventiste (33,1 %).

Cette influence sociale au sein d’une cohérence culturelle pourrait être particulièrement significative pour les administrateurs d’église et d’école intéressés dans les modes d’inscriptions dans le système éducatif adventiste. Les données fournies par cette étude semblent indiquer que l’adhésion d’un membre d’église à la doctrine adventiste est moins associée au choix d’une école adventiste que son score de cohésion culturelle. Il s’ensuit que les campagnes de recrutement pour nos écoles qui ciblent les membres d’église adventistes seraient plus efficaces si elles se concentraient sur la promotion des relations sociales et communautaires  par opposition au renforcement de l'engagement doctrinal. En d’autres mots, les parents adventistes pourraient plus facilement opter pour une école adventiste s’ils se faisaient plus d’amis adventistes que s’ils étaient soudainement convaincus d’une doctrine.  

Certains aspects de la culture adventiste sont plus conservateurs que d’autres. Par exemple, la modestie dans l’habillement et des croyances religieuses conservatrices sont généralement vues comme étant des indicateurs d’un adventiste conservateur.  Par contre, ces deux variables ne montrent aucun signe d'une association plus forte avec le choix de l'école, ce qui laisse à penser que ce qui est compris de manière familière n'a peut-être pas la corrélation attendue.  

Les données utilisées pour le Graphique 7 sont une moyenne des scores de concordance culturelle (identité) pour les répondants qui ont choisi des écoles adventistes, des écoles non adventistes et l’école à domicile. Ceux qui ont obtenu des scores plus élevés de concordance culturelle ont suivi l'enseignement à domicile, ceux qui ont obtenu de faibles scores de concordance culturelle ont inscrit leurs enfants dans des écoles non adventistes, et ceux qui ont obtenu des scores modérés de concordance culturelle ont envoyé leurs enfants dans des écoles adventistes.

Ainsi, que cela signifie-t-il pour les acteurs de l'éducation adventiste si ceux qui ont une forte consonance culturelle et ceux qui ont une faible consonance culturelle sont moins susceptibles d'envoyer leurs enfants dans une école adventiste ? Les écoles qui se situent dans les limites d'une communauté adventiste plus libérale ou dont la population adventiste générale pourrait être moins conservatrice que la norme, devront peut-être trouver des moyens de promouvoir une vision positive et attrayante de l'école.

Selon le Graphique 4, par exemple, les membres d’église dans l’Union Atlantique – une région qui a le plus haut niveau d’identité culturelle – ont plus de probabilité d’envoyer leurs enfants dans une école adventiste s’il y en a une, que les membres d’église qui vivent dans l’Union Pacifique – une région qui a la plus faible moyenne de consonance culturelle. Les recruteurs des écoles de l'Union Pacifique qui cherchent à augmenter les inscriptions sur leur campus ne trouveront peut-être pas aussi efficace de promouvoir les éléments spécifiquement adventistes de leur école, comme les rencontres spirituelles tous les vendredis soir ou les repas canadiens de haystacks lors de la soirée de la rentrée. Ils feraient mieux de mettre l'accent sur des éléments qui plairaient à un consommateur plus général faisant le tour des écoles pour son enfant : des études de haut niveau, un environnement sûr, des programmes extrascolaires, etc.

Une autre constatation fascinante dans ce contexte de consonance culturelle est la composante de l’enseignement à domicile.  Les données de cette étude semblent correspondre à l'idée généralement admise que les parents qui sont le plus conservateurs choisiront l’enseignement à domicile. Bien que l'enseignement à domicile soit devenu un peu plus courant en Amérique du Nord, rompant avec le stéréotype antérieur selon lequel les chrétiens ruraux, ultra-conservateurs et anti-gouvernementaux l'adoptaient, il conserve certainement les fondements d'une mentalité alternative, peut-être même radicale. Ainsi, cette étude affirme cette idée que les adventistes nord-américains qui sont plus culturellement consonants – plus conservateurs et traditionnels – choisissent aussi l’enseignement à domicile. Contrairement aux familles qui ont de plus faibles scores d’identité culturelle qui cherchent une école qui ne soit pas trop adventiste, ces familles refusent de choisir une école adventiste parce qu’elles pensent qu’elles ne sont pas assez adventistes ou parce qu’elles sentent que leur système de croyance plus conservateur ne se reflète pas dans l’école locale.

Au moment où j’écris, les États-Unis d’Amérique sont en proie à des bouleversements politiques et sociétaux avec une ferveur et une hostilité sans doute plus grandes que ce qui a été observé ces dernières années. On pourrait s’aventurer à dire que le pays est en train de devenir de plus en plus polarisé – et cela à plusieurs différents niveaux. Peut-être que l’Église adventiste du septième jour en Amérique du Nord est en train de faire l’expérience de sa propre polarisation culturelle. Les membres s’identifient plus fortement avec les éléments culturels de l’Église ou ils s’en détournent complètement. On pourrait supposer que la fenêtre d’un « adventisme modéré » est en train de se rétrécir. Et si la prépondérance des étudiants adventistes vient de familles dans cette dite fenêtre, le déclin des inscriptions – vu sous cet angle – est logique10.

Effectivement, l’éducation adventiste se trouve dans une situation intéressante. Nos écoles devraient-elles devenir plus adventistes pour attirer ceux qui sont à une extrémité du spectre culturel ou devraient-elles devenir moins adventistes pour attirer ceux qui ont de plus faibles niveaux d’identité culturelle ? Qu’en est-il des écoles missionnaires, où les parents – qui souvent ne sont pas membres de l’Église – veulent que leurs enfants reçoivent une éducation enracinée dans des valeurs chrétiennes ? Cela fait plusieurs décennies que ces questions sont débattues. Certaines écoles ont choisi l’ancienne route, en mettant l’accent sur les principes comme la vie saine, le souci de l’environnement et autres points. Par exemple, la Needles Adventist School, en Californie, n’hésite pas à instruire les étudiants sur les bienfaits d’un régime végétarien. L’impact de cette pratique est évident dans les réponses des parents dont beaucoup ne sont pas membres de l’Église adventiste. À l’autre extrémité du spectre, il y a des écoles qui choisissent de remplacer l’adjectif adventiste dans leur nom par celui de chrétienne ou qui tout simplement les retirent complètement.

Il est difficile de dire quelle approche est la meilleure, la localisation de l'école ayant certainement un impact sur la décision. Certains soutiennent que s'éloigner du « noyau » de l'adventisme est une trahison de l'Église et que les écoles qui choisissent de diluer le message adventiste passent à côté de l'éducation adventiste. D'autres contrecarrent cette thèse en s'interrogeant sur ce qu'est réellement le cœur de l'adventisme. Ils protestent : certainement, notre Église est plus qu'un amalgame de normes culturelles archaïques.

Ces questions soulèvent plusieurs interrogations et continueront de le faire alors que le monde est bouleversé par des changements économiques, politiques, religieux et sociaux sismiques. Quel est le cœur de l’éducation adventiste ? Est-il important d’être unique ? Ou cela le rend-il simplement exclusif ? Quel est le meilleur chemin ? Les éducateurs pourraient faire valoir que la culture changeante au sein de l’Église adventiste n’est pas un problème scolaire mais un problème ecclésial. Le leadership reconnaît-il ce changement, et comprend-il les ramifications qu’il a sur le choix d’une école et sur les inscriptions ? Les membres d’église vont-ils, et doivent-ils, retrouver la voie du milieu ?

Conclusion

Les résultats de cette étude semblent indiquer que l’identité culturelle joue, en fait, un rôle important dans le choix de l’école. À travers diverses analyses et en mettant en corrélation un nombre de variables clé, il est clair que l’identité culturelle d’un parent affecte le choix de l’école de multiples façons. Ces constatations générales ont certainement ouvert la porte à l’examen de facteurs qui ont un effet plus fort sur le choix de l’école que simplement l’école elle-même. Comme les données l’indiquent, le déclin des inscriptions scolaires dans les écoles adventistes et d’autres dénominations en Amérique du Nord pourrait être lié à un changement dans la culture religieuse et à la façon dont les membres identifient et vivent la culture de leur dénomination. Et bien qu'il puisse y avoir plusieurs autres facteurs à prendre en compte dans le monde entier, y compris plus récemment la pandémie de COVID-19, les éducateurs et les administrateurs d'église pourraient s’arrêter à ces conclusions et examiner les implications de la culture de l'église sur leurs ministères respectifs.

Cet article a été révisé par des pairs.

La partie 1 de cet article a été publiée dans le numéro 56 de la Revue d’éducation adventiste et est disponible sur ______

Aimee Leukert

Aimee Leukert Ph.D.  est professeure associée de programme et d'enseignement à l'université La Sierra, à Riverside, en Californie (États-Unis). Enseignante dans le système scolaire adventiste depuis plus de 15 ans, A. Leukert a enseigné aux niveaux élémentaire, secondaires et à l'université, et a également été directrice dans la Southern California Conference. Son travail au Centre de recherche sur l'éducation adventiste lui a permis de partager sa passion pour l'enseignement par différents canaux, notamment en aidant le groupe de travail sur l'éducation de la NAD et en lançant les Ambassadeurs pour l'éducation chrétienne adventiste (AACE), une organisation conçue pour recruter, organiser et soutenir les bénévoles des écoles de la maternelle à la 12e année dans toute la NAD.

Référence recommandée :

Aimee Leukert, “Adventist Choices: The Relationship Between Adventist Culture and Adventist Education, Part 2,” The Journal of Adventist Education 82:4 (October-December 2020): 9-16.

NOTES ET RÉFÉRENCES

  1. Les données démographiques de cette étude sont décrites en détail dans la première partie de cet article. Voir https://jae.adventist.org/2020.82.3.5.
  2. Le revenu annuel des ménages indiqué dans cette étude reflète les moyennes des personnes interrogées dans le cadre de cette étude. Pour un contexte supplémentaire, voir les données de l'étude de Sahlin et Richardson, commandée par la Division nord-américaine, qui a rapporté un revenu annuel des ménages de 25 000 $ et moins pour environ 40 % des ménages adventistes. Pour 30 % des ménages adventistes, le revenu annuel se situe entre 25 000 et 49 999 dollars. Pour 24 %, cette fourchette était de 50 000 à 99 999 dollars, et pour 7 %, ce revenu était de 100 000 dollars ou plus (Monte Sahlin et Paul Richardson, Seventh-day Adventists in North America: A Demographic Profile [Milton Freewater, Oregon: Center for Creative Ministry, 2008], 19-21). Disponible sur http://circle.adventist.org/files/icm/nadresearch/NADDemographic.pdf.
  3. Dans cette étude, une « école non adventiste » pourrait être une école publique, une école privée non religieuse ou une école privée paroissiale.
  4. Cela ne tient pas compte de la disponibilité des écoles adventistes dans les différentes unions, ce qui peut signifier que les parents choisissent l'école à domicile.
  5. Jonathan Schwarz et David Sikkink, Blinded by Religion? Religious School Graduates and Perceptions of Science in Young Adulthood (South Bend, Indiana: University of Notre Dame, 2016): https://www.cardus.ca/research/education/reports/blinded-by-religion-religious-school-graduates-and-perceptions-of-science-in-young-adulthood/.
  6. Center for Adventist Research, “100 Reasons for Adventist Education” (2020): https://crae.lasierra.edu/100-reasons/.
  7. General Conference of Seventh-day Adventists, “Strategic Issues Emerging From Global Research, 2011-2013,” Reach the World: General Conference Strategic Plan 2015-2020: 7 (Item 2). Les données de cinq grandes études mondiales débutant en 2011 montrent que « moins de la moitié des adventistes dans le monde ont reçu une éducation confessionnelle, et de nombreux pasteurs ont une éducation adventiste limitée » (p. 7) ; Roger Dudley et Petr Činčala, "The Adventist Pastor : A World Survey". Une étude de recherche menée par l'Institut du ministère de l'Église au séminaire théologique adventiste du septième jour de l'université Andrews, mai 2013: http://www.adventistresearch.org/sites/default/files/files/The%20Adventist%20Pastor%20A%20World%20Survey%20.pdf; George R. Knight, “Why Have Adventist Education?” The Journal of Adventist Education 67:5 (été 2005): 6-9: http://circle.adventist.org/files/jae/en/jae200567050604.pdf. 
  8. Nom utilisé avec autorisation. Jeannie Leiterman, communication personnelle, 2018.
  9. Jon Elster, “Rationality and Social Norms,” European Journal of Sociology/Archives Européennes de Sociologie/Europäisches Archiv für Soziologie 32:1 (1991): 109-129.
  10. Au moment de la rédaction du présent document, l'impact de COVID-19 sur les systèmes scolaires, les finances des églises et les revenus annuels des ménages, reste à déterminer, mais il y en aura certainement un.