Il arrive souvent qu’à la fin de chaque trimestre ou période de notation, les élèves abordent leurs enseignants avec cette question : « Que puis-je faire pour augmenter ma note ? » Ils sentent que si c’est la justice qui est appliquée, ils auront une mauvaise note, et ils demande un peu de bienveillance. Un enseignant orienté vers la justice répondra probablement : « Tu auras la note que tu mérites en fonction de la qualité de ton travail pour ce cours. » Les élèves qui fréquentent une école d’église et qui considèrent que l’enseignant est un modèle du comportement chrétien, sortent de cette rencontre avec la perception que Dieu est comme quelqu’un qui administre sévèrement la justice.

D’autre part, un enseignant orienté vers la bienveillance risque de répondre : « Voilà quelques trucs à faire pour augmenter vos notes. » Les étudiants sortent de cette rencontre avec la perception que Dieu est  quelqu’un qui peut être manipulé pour accorder des faveurs.

À la suite de quelques-unes de ces rencontres, enseignants et élèves en viennent à redouter le processus de notation. Les enseignants doivent suivre les critères de notation que leur administration scolaire, la fédération ou l’État ont établies, mais ils peuvent prendre des décisions concernant la meilleure façon de les appliquer. Comment un enseignant chrétien peut-il équilibrer la justice et la bienveillance de façon appropriée dans la notation ?

De nombreux enseignants et élèves ont une opinion négative des travaux  d’évaluation telles que les devoirs, les questionnaires, les examens et les notes elles-mêmes. De nombreux professeurs se sentent frustrés pendant les travaux d’évaluation, et coupables après les avoir terminés. De la même manière, il y a des étudiants qui ne pensent pas que les travaux d’évaluation soient justes et ils n’en voient pas l’intérêt – ils pensent que de tels travaux sont traités avec dureté et peu de bienveillance. Ils les considèrent comme des motivations extrinsèques1.

À de nombreuses reprises, les enseignants vont trop insister sur l’aspect juste des notations au détriment de la bienveillance, ou inversement. L’objectif de cet article est de suggérer des principes qui vont permettre à un enseignant d’optimiser à la fois la justice et la bienveillance dans le processus de notation.

Pour que les évaluations en classe et les processus de notation soient positifs, justes et précis, les enseignants ont besoin d’un nouveau cadre pour orienter leurs pratiques d’évaluation. Dans cet article, je propose que les enseignants dans les environnements d’apprentissage chrétiens découvrent les principes à utiliser comme base de leurs évaluations et notations, principes basés sur la façon dont Dieu utilise l’évaluation – comment il agit avec les humains quand il prend les décisions de salut qui les concernent. Je vais proposer un cadre à l’intérieur duquel l’évaluation peut être positive pour les enseignants et les étudiants. Ce cadre inclura des suggestions pour équilibrer la justice et la bienveillance, et il recommandera aussi des principes généraux que les enseignants pourraient appliquer dans leurs planifications et décisions d’évaluation. Je vais principalement me concentrer sur une tâche d’évaluation particulière – comment les données devraient être utilisées dans les décisions relatives à l’attribution des notes. Nous allons examiner de nombreuses décisions d’évaluation qui sont éclairées par les données d’évaluation, et nous allons suggérer des principes qui peuvent être utilisés pour guider ces décisions2.

La justice est optimisée si les notes sont basées sur des données appropriées qui peuvent être utilisées, avec un minimum de suggestivité, pour mesurer les réalisations ou les performances des étudiants liées à des résultats, des objectifs ou des normes clairement définis et appropriés. La bienveillance est optimisée si l’évaluation est effectuée pendant le processus d’apprentissage dans le but d’aider à l’apprentissage, et les décisions de notation sont basées sur des données recueillies de façon à tenir compte des différences et circonstances individuelles.

À de nombreuses reprises, les enseignants vont trop insister sur l’aspect juste des notations au détriment de la bienveillance, ou inversement. L’objectif de cet article est de suggérer des principes qui vont permettre à un enseignant d’optimiser à la fois la justice et la bienveillance dans le processus de notation.

Comment Dieu utilise l’évaluation

Les Écritures sont claires : Dieu n’évite pas les évaluations (Genèse1 ; Psaumes 19.2-14 ; Romains 12.1-8). Les décisions liées au salut des humains que Dieu prendra seront basées sur son évaluation de comment chacun a satisfait aux « critères » spécifiés dans les Écritures. On peut ne pas être d’accord sur la nature du ou des critères, mais il est clair que Dieu ne prend pas de décisions liées au salut de manière désinvolte, subjective, ou non documentée. Les adventistes du septième jour croient que les humains qui sont sauvés passeront le millénium à examiner les registres de Dieu pour confirmer que les décisions liées au salut ont été prises de façon appropriée (Daniel 7.22 ; 1 Corinthiens 6.2,3 ; Apocalypse 20. 4, 6). On ne sait pas exactement quels genres de données se trouvent dans « le livre de vie », mais il semble que les données soient les bases des décisions divines – et après examen de ces registres, les justes concluront que Dieu est justice et miséricorde.

Les enseignants ne devraient pas considérer qu’évaluation et appréciation sont des activités à éviter si possible. L’évaluation et l’appréciation de la connaissance et des niveaux de compétence des étudiants leur fournissent des objectifs pour leurs domaines spécifiques d’études et pour vivre en tant que citoyens productifs, et fournit aux enseignants des informations sur la manière dont les étudiants atteignent les objectifs. L’absence d’évaluation et d’appréciation augmente la possibilité d’envoyer dans la société des individus mal préparés à servir efficacement et peu susceptibles de réussir dans la vie. Il est important que l’évaluation et le bilan scolaires soient faits de manière appropriée et défendable. En effet, il y a d’importantes décisions qui se prennent fondées sur la mesure dans laquelle les élèves atteignent les objectifs du cours ou de l’école dans lesquels ils sont inscrits.

La section suivante décrit comment Dieu gère l’évaluation dans les décisions liées au salut et fournit des exemples de la façon dont les enseignants pourraient modeler leurs décisions relatives à l'évaluation sur la façon dont Dieu agit dans des situations similaires. Ces exemples sont partagés avec la compréhension qu’enseignants et étudiants sont des êtres humains, nés dans le péché et façonnés par celui-ci (Psaumes 51.5). Ainsi, même quand il y a application soigneuse, cohérente et complète des principes du royaume de Dieu sur la terre, il y a quand même échec fréquent (Ecclésiaste7.20). Bien qu’il soit inévitable d’être en deçà de l’idéal, on a l’assurance que la grâce et la miséricorde abondent encore plus quand enseignants et étudiants suivent l’ordre du Maître Enseignant, Jésus-Christ, de se pardonner les uns les autres (Michée 7.18,19 ; Éphésiens 4.32).

Dieu utilise des normes adéquates

1. Dieu utilise un critère de référence. Nous sommes sauvés par la grâce au moyen de la foi seule (Éphésiens 2.8). Cette norme, tous peuvent la respecter. Dieu n’utilise pas une norme référencée par une autre norme (gradation sur la courbe). Les gens ne reçoivent pas la vie éternelle simplement parce qu’ils sont plus proches de la norme que les autres. Notre confiance dans le salut ne devrait pas être basée sur une comparaison avec les autres.

Dieu n’hésite pas à sauver si la norme est respectée (soit, une relation de foi avec Jésus-Christ). De la même manière, les enseignants ne doivent pas hésiter à donner des « A » à tous les étudiants si tous les étudiants ont respecté les normes fixées pour eux (soit, un travail effectué à temps, notes élevées aux tests et aux devoirs, etc.).

La notation par référence à une norme est rarement une façon appropriée de noter (2 Corinthiens 10.12 ; Galates 1.10 ; Galates 6.4). Quand Dieu prend des décisions par rapport au salut, il ne considère pas que pas la meilleure personne est celle qui a accompli le plus de bonnes œuvres (Romains 11.6 ; Galates 2.16). De même, la norme que les enseignants fixent pour atteindre les objectifs de la classe ne devrait pas être basée sur les résultats de l’étudiant qui a eu les plus hautes notes.

2. Dieu indique clairement le critère qu’il utilisera pour ses décisions de salut. Le salut est un don (Éphésiens 2.8,9). Cependant, pour recevoir ce don, il faut croire en Dieu (Actes 16.31), accepter le don (Romains 10.9), et embrasser les principes du royaume de Dieu (Exode 20.1-17 ; Matthieu 22. 36-40).

Les enseignants devraient indiquer clairement aux étudiants ce qui est attendu d’eux pour atteindre les objectifs de la classe. Les étudiants ne devraient pas être surpris quand ils voient le contenu du cours et les questions des tests, ou lorsqu’ils reçoivent leurs notes.

3. Dieu n’utilise pas des normes différentes pour des personnes différentes (Romains 3.23). Tous les humains sont sauvés par la foi et la foi seule. Ce n’est qu’après la seconde venue de Jésus que nous comprendrons comment la foi des gens aux antécédents et aux cultures différentes a été évaluée.

Les enseignants ne devraient pas avoir différentes normes pour différents étudiants à moins qu’il n’ait été déterminé par l’école qu’un étudiant est incapable d’atteindre la norme spécifiée. Dans un tel cas, un ajustement documenté de la norme (soit un programme d’éducation individualisé) est mis en place pour cet élève. Dieu utilise une abondance de miséricorde tout au long du processus d’apprentissage et d’évaluation, et celui-ci peut varier d’une personne à l’autre, mais il n’ajuste pas la norme pour la décision finale relative au salut : c’est un don (Romains 8.1-4). Il vaut mieux que les enseignants fassent preuve de bienveillance en établissant une norme appropriée qui peut être respectée par tous les étudiants.

4. Dieu utilise des données appropriées comme base pour les décisions de salut. Il base ses décisions de salut sur des données enregistrées qui seront un jour examinées (Apocalypse 20.1-15). Le Livre de vie contient les données que Dieu va utiliser pour prendre les décisions de salut. Pendant le millénium, les rachetés examineront ces données qui confirmeront que les décisions prises étaient correctes3.

Les enseignants devraient tenir un registre précis de leurs évaluations et attribuer des notes en fonction de la documentation enregistrée. Ils ne devraient pas hésiter à expliquer aux élèves et aux parents la raison des notes données sur la base de la documentation enregistrée.

5. Dieu ne base pas ses décisions de salut sur des données sélectives et limitées (Apocalypse 20.12)4. Il s’avère que le Livre de vie comporte de nombreuses entrées pour chaque personne (Apocalypse 20.1-15).

Il est avantageux pour les enseignants d’évaluer les résultats selon différents points de vue (par ex., autoévaluation et évaluation de l’enseignant). Les enseignants ne devraient pas éviter de faire de fréquentes évaluations. Habituellement, il est déconseillé de fonder les notes uniquement sur une évaluation faite à un moment donné (par ex., un seul examen à la fin de la période de notation).

6. Dieu ne considère pas la participation ou l’implication dans des activités de perfectionnement comme une base pour les décisions de salut (Romains 3.20-30 ; Romains 11.6). Il utilise le résultat qui se produit à la suite des activités ou la motivation derrière les activités. Par exemple, Dieu ne considère pas le nombre de fois qu’une personne prie mais il évalue la motivation ou le résultat des prières (la relation de la personne avec Lui). Dieu encourage la prière, mais la prière (par ex. les œuvres) sans la foi qui en découle (la relation) ne suffit pas (Éphésiens 2.8).

Les enseignants devraient encourager et récompenser l’effort, mais non pas en le faisant figurer dans les notes. Les notes devraient être basées sur le degré de respect de la norme par les étudiants en fonction du niveau d'instruction fourni pour les aider à atteindre le résultat.

Il y a de nombreuses actions/activités que les enseignants veulent encourager ou exigent, qui sont nécessaires et utiles à l’apprentissage. On peut citer des choses telles que la présence en classe, la participation, la lecture en dehors de la classe ou les excursions. Ces activités sont louables et utiles, mais à moins que leur exécution ne produise le résultat réel souhaité, seul l’apprentissage qui résulte de l’activité doit être utilisé pour la notation. Par exemple, plutôt que de noter sur le temps investi ou le nombre de pages lues pour la lecture en dehors du cours, les étudiants pourraient être notés sur la qualité du devoir écrit (par ex. un essai) basé sur la lecture. Cependant, dans certaines classes comme les classes d’ensemble musical ou d’éducation physique, la participation dans les activités pourrait être considérée comme un substitut approprié pour l'apprentissage actuel.

7. Dieu ne tient pas compte de comportements non pertinents (par ex. grammaire, vocabulaire, etc.) présents dans l’évaluation (Psaumes 51 ; Matthieu11.28 ; Jean 6.37). Il écoute et répond à la motivation et aux résultats de la prière des fidèles sans tenir compte de la sophistication de la prière5.

Les enseignants ne devraient pas enlever des points pour le « style » si cela n’est pas l’objectif du cours. Dans la plupart des sujets et des cours, l’orthographe et la grammaire ne font pas partie de l’instruction, et donc il ne faudrait pas en tenir compte dans la notation du devoir écrit de l’étudiant. Dans certains cas, par contre, (par ex., cours de composition et d’arts du langage), il convient de les inclure dans la notation puisque l'attention leur est accordée dans le cadre de l'instruction. Dans d’autres cas, ces éléments peuvent être requis mais non utilisés pour le classement.

8. Dieu ne tient pas compte des efforts qu’une personne investit dans la décision de salut (Ésaïe 64.6 ; Romains 3.10). Jésus a bien dit que les gens ne seraient pas sauvés parce qu’elles ont fait de merveilleuses choses en son nom (Matthieu 7.21-23).

Les enseignants devraient encourager et récompenser l’effort, mais non pas en le faisant figurer dans les notes. Les notes devraient être basées sur le degré de respect de la norme par les étudiants en fonction du niveau d'instruction fourni pour les aider à atteindre le résultat.

9. Dieu n'autorise pas de « crédit supplémentaire » pour compenser le non-respect des critères. Quand le jeune homme riche a demandé à Jésus ce qu’il pouvait faire pour avoir la vie éternelle (il demandait quoi faire pour avoir un crédit supplémentaire), Jésus a simplement reformulé un critère précédemment requis (Matthieu 19.16-22).

Par définition, un crédit supplémentaire exige de faire quelque chose qui ne fait pas partie des travaux réguliers du cours. Dans le plan de cours ou le programme d’études, on peut prévoir de la place pour des devoirs qui permettent une étude approfondie ou des pratiques supplémentaires pour développer des compétences. Les bons enseignants vont glisser la bienveillance dans le plan de cours de façon qu’il ne soit pas nécessaire de l’ajuster pour des étudiants sélectionnés à la fin du cours. Il est trompeur d’appeler ces devoirs des « crédits supplémentaires » et cela donne aux étudiants le sentiment de faire l’objet de bienveillance. Ces devoirs doivent aider les élèves à atteindre la norme plutôt que de se substituer à elle. Ainsi, les notes doivent être basées seulement sur la réalisation des résultats réguliers énoncés et non sur des choses supplémentaires qui peuvent compenser le fait de ne pas avoir satisfait aux exigences de la norme.

10. Dieu ne prend pas une seule décision de salut pour toutes les personnes appartenant à un groupe humain – famille, famille élargie ou amis (Ézéchiel 18.20 ; Romains 14.12 ; Matthieu 10. 34-37).

Les enseignants peuvent utiliser divers types de travaux de groupe (par ex., apprentissage collaboratif, apprentissage coopératif, apprentissage basé sur des problèmes ou des projets, etc.) pour améliorer l’apprentissage de chaque élève, mais chaque fois que possible l’évaluation utilisée par la notation devrait se faire pour chaque étudiant séparément.

Dieu utilise la collecte continue de données

1. Dieu n’utilise pas les données d’évaluation intermédiaire (formative) pour les décisions finales de salut. Il utilise les évaluations intermédiaires dans nos vies quotidiennes, y compris l'évaluation et la réponse à la manière dont nous traitons les épreuves et les tentations, pour nous guider ; mais le non-respect de la norme (ne pas avoir la foi) à ces moments n’est pas imputé à une personne qui plus tard respecte la norme (elle a la foi). Il s’ensuit que Dieu évalue à la fois pendant la vie et à la fin de la vie de chaque personne (1 Jean 1.9 ; Philippiens 1.6).

Il est préférable que les enseignants utilisent la plupart des questionnaires et des évaluations quotidiennes comme des activités d’apprentissage formatives, et non pas comme des évaluations finales et sommatives de l'apprentissage en vue de la notation. Les projets à long terme et les travaux de semestre devraient comporter des points de contrôle formateurs en cours de route afin de s’assurer que l’apprenant va dans la bonne direction et pour corriger son parcours avant la fin du projet ou du travail.

2. Dieu n’utilise pas des mesures inattendues pour la prise de décision finale (Jean 5.24 ; Éphésiens 2.8,9 ; Actes 4.12). Il base ses décisions de salut sur une évaluation de la relation que chaque personne a avec Christ à la fin de sa vie, et non à un moment non précisé avant ce temps.

Les enseignants ne devraient pas utiliser de questionnaires inattendus à des fins de notation. Si des questionnaires non annoncés sont donnés, ils devraient être utilisés à des fins d’apprentissage (évaluation formative). Les activités d’évaluation utilisées à des fins de notation ne devraient pas surprendre les étudiants en ce qui concerne le contenu ou le calendrier de l'évaluation.

3. Dieu fixe un délai raisonnable pour satisfaire aux critères (Luc 23.39-43 ; 2 Pierre 3.9). Il nous accorde la vie entière pour satisfaire aux critères.

Les enseignants devraient établir des délais raisonnables pour atteindre les résultats de la classe, délais qui peuvent être respectés par la plupart des élèves, si pas tous. Les délais doivent être fixés de manière à permettre que tous les étudiants aient suffisamment de temps pour réaliser l’activité ou le devoir. Toutes les dates limites devraient être clairement annoncées et maintenues (justice) mais des circonstances atténuantes peuvent nécessiter une prolongation des dates limites (miséricorde).

4. Dieu n’autorise pas la présentation de preuves après la date limite. Après la fin de la grâce pour chaque individu, aucune nouvelle donnée de sera acceptée (par ex., dans Matthieu 25, la parabole des dix vierges).

Les enseignants ne devraient pas hésiter à annoncer à leurs élèves que les dates limites seront maintenues (à moins de circonstances atténuantes).

5. Dieu n’enlève pas des points (abaisse la note de la personne) pour les soumissions tardives. Une preuve satisfaisante du respect de la norme au dernier moment (par ex., le larron sur la croix dans Luc 23.39-43) est jugée suffisante pour obtenir la vie éternelle. Mais Dieu établit des délais au-delà desquels il n’est pas possible que sa miséricorde soit prolongée (la fin de la grâce).

Il peut être correct que les enseignants n’acceptent plus de travaux après la date limite annoncée (avec l’application appropriée de bienveillance dans les circonstances atténuantes), mais il est rarement sage d’abaisser la note d’un étudiant (enlever des points) pour un travail en retard. Si un étudiant a atteint une maîtrise totale de la matière, mais qu’après la date limite établie par l’enseignant, il obtient un B, un C ou un D, à cause de la perte des points due à son retard, cela ne serait pas correct. Dans une telle situation, la seule chose correcte à faire serait de donner une note de passage / d'échec, ou encore un A (les conditions ont été remplies) ou un F (les preuves pour l’apprentissage a été remise trop tard).

Dieu utilise un mélange approprié de justice et de bienveillance

C’est couramment que les étudiants trouvent que la note reçue n’était pas juste et qu’elle était basée sur quelque chose d’autre que sur la base de leur niveau d'apprentissage réel. Pour être justes, les notes que les étudiants reçoivent ne devraient refléter que la mesure dans laquelle ils ont atteint les objectifs fixés dans le cadre du cours. Il est aussi courant pour les étudiants de trouver que leur enseignant a été trop indulgent – habituellement avec les autres étudiants – et/ou pas assez – avec eux. Bien que la plupart des enseignants veuillent bien manifester de la bienveillance, ils sont nombreux à manquer de clarté sur le lieu et le moment où celle-ci doit être appliquée. Les enseignants ont besoin d’appliquer un mélange adéquat de justice et de bienveillance.

1. Les fondements des décisions de Dieu allient justice et miséricorde (Psaumes 145.8,9 ; Romains 8.1-4). Une norme claire est fixée et respectée (justice), mais la miséricorde permet que des personnes pécheresses satisfassent à la norme (grâce à la justice de Christ). Dieu est patient quand les humains ne satisfont pas initialement à la norme et il travaille activement pour les amener au salut.

2. Dieu use de miséricorde au moment approprié (Luc 23.34 ; 2 Pierre 3.10) et de manière inappropriée. Il y a deux façons principalement dont Dieu pratique la miséricorde avant la décision finale reliée au salut : a) le plaidoyer continuel du Saint Esprit pour nous attirer vers Dieu (Jean 6.44), et b) son accueil indulgent quand nous venons à lui, nous offrant sa nature d’une patience à toute épreuve, car il ne veut pas que quiconque périsse (2 Pierre 3.9).

La bienveillance doit être offerte pendant le processus d’apprentissage ou lors du choix du genre d’évaluation, mais pas après l’évaluation finale de l’apprentissage (par ex., lors de la notation).

Les moyens communs par lesquels la justice n'est pas rendue dans l’évaluation sont quand les enseignants utilisent des critères variables pour différents élèves ou offrent d'autres moyens d’obtenir la réussite uniquement à des élèves sélectionnés.

Il y a trois moments principaux où les enseignants peuvent faire preuve de bienveillance de manière appropriée dans la notation. Premièrement, avant et/ou pendant l’enseignement, ils peuvent modifier le plan des cours ou modifier des évaluations spécifiques afin de répondre aux besoins de chaque élève. Deuxièmement, lors des évaluations, les enseignants peuvent modifier les procédures utilisées afin de répondre aux besoins de chaque élève (tout en maintenant quand même les mêmes critères que pour les notes). Par exemple, on peut accorder aux étudiants qui ont des déficits en anglais du temps supplémentaire pour faire leurs examens, ou tous les étudiants peuvent recevoir la permission de refaire un devoir ou de reprendre une autre forme de test. Troisièmement, lors de l'attribution des notes, la norme utilisée pour le classement pourrait être adaptée pour tenir compte de circonstances imprévues. Par exemple, un enseignant pourrait initialement placer la norme pour un A à 90 pour cent. Mais si du très mauvais temps a forcé la fermeture de l’école pendant plusieurs jours qui n’ont pas pu être rattrapés, la norme pourrait être avec légitimité abaissée (indulgence) et appliquée à tous les étudiants (justice).

3. Dieu ne distribue pas la miséricorde de manière sélective – elle est librement donnée à tous (Genèse 18 ; Jonas 4.2 ; Romains 3.22-24).

C’est au moment de la notation que les élèves demandent souvent de la bienveillance. Si les enseignants croient que c’est justifié, la condition de la bienveillance accordée doit être étendue à tous les étudiants. La modification d’une norme en lien avec des circonstances atténuantes ne devrait pas être étendue seulement aux élèves sélectionnés.

Les moyens communs par lesquels la justice n'est pas rendue dans l’évaluation sont quand les enseignants utilisent des critères variables pour différents élèves ou offrent d'autres moyens d’obtenir la réussite uniquement à des élèves sélectionnés. Les moyens communs de manifester la bienveillance dans l’évaluation seraient de permettre des façons différentes d’obtenir la réussite ou de permettre aux élèves de multiples tentatives pour faire preuve de maîtrise. Par contre, les différentes manières disponibles et les occasions de multiples tentatives devraient être documentées, annoncées et mises à la disposition de tous les étudiants6 pour garantir la justice.

4. Dieu ne répond pas aux appels à la miséricorde après la fermeture de la grâce (Apocalypse 20.11-15 ; Apocalypse 22.11).

La bienveillance est couramment mal utilisée quand un enseignant change la note d’un élève sur la base de preuves qui ne découlent pas de sa réalisation : l’élève a plaidé pour une meilleure note parce qu’il doit suivre le cours en tant que prérequis ou qu’il a besoin d'une moyenne supérieure pour obtenir son diplôme ou s’inscrire dans une autre école ; parce qu’il était malade ou blessé au moment de l’examen ; ou encore pour éviter une confrontation désagréable avec ses parents. Dans de telles circonstances, la bienveillance peut être manifestée autrement – on peut permettre à l’élève de passer un examen reporté – plutôt que de simplement changer la note, ce qui ne garantit pas la maîtrise du contenu. L’objectif doit être de s’assurer qu’à la fin du cours l’étudiant a acquis l’information et maîtrisé les compétences prescrites dans le programme d'études. Dans le domaine des soins de santé, par exemple, l'incapacité à assurer la maîtrise pourrait être une question de vie ou de mort quand les étudiants commenceront à travailler avec les patients.

5. Dieu combine miséricorde et justice en cas de circonstances particulières (Genèse 18 ; Jonas 4.2). À cause du péché, l’humanité était destinée à la mort éternelle (justice). Dans cet état de péché, il est impossible d’atteindre la norme divine. Cependant, Dieu a fourni un substitut (Romains 8.1-4) afin que la norme puisse être atteinte (miséricorde). C’est ainsi que tous, nous avons la promesse de la vie éternelle.

Ne pas permettre de refaire les évaluations peut être juste mais ne montre pas de bienveillance. Permettre que les évaluations soient repassées selon l’humeur de l’enseignant, ou seulement pour des étudiants sélectionnés, peut être miséricordieux mais pas juste. Permettre la reprise des évaluations dans le cadre de procédures normales pour tous les étudiants combine justice et bienveillance.

Conclusion

Les procédures d’évaluation et de notation sont complexes. Elles exigent de nombreuses décisions relatives au contenu, au calendrier, à l'administration et à l'interprétation des informations recueillies et utilisées. Il est à propos d’appliquer dans toutes ces décisions un mélange adéquat de justice et de bienveillance.

Les notes devraient être basées strictement sur l’évaluation de données pertinentes, attribuées et évaluées selon des procédures appropriées. Elles devraient aussi être basées sur des données recueillies avec un minimum de biais, en utilisant de multiples mesures chaque fois que possible, et la réalisation devrait être mesurée à la fin de l’instruction. Des critères appropriés pour les notes devraient être clairement spécifiés.

Bienveillance

Il faudrait faire preuve de bienveillance pendant l’évaluation en permettant de multiples tentatives ou des évaluations alternatives pour démontrer la maîtrise, en utilisant les évaluations faites pendant l’apprentissage pour faciliter l’apprentissage plutôt que pour prendre des décisions de notation, et en procédant à des ajustements en fonction des différences individuelles dans le processus d’évaluation.

Un mélange de justice et de bienveillance

À mesure que la bienveillance est accordée, il faut veiller à ne pas compromettre la justice. De la même façon, à mesure que la justice est appliquée, il faut veiller à ne pas compromettre l’indulgence. Pour chaque décision d’évaluation et de notation, il faut prendre en considération un mélange appropriée de justice et de bienveillance.

Application

Pour les évaluations et les notations, on dispose d’une large variété d’options. Le bienfondé de chaque option d’évaluation et de notation varie selon le cours, l’enseignant et l’étudiant. Il serait utile que les enseignants, dans chaque école ou système scolaire, individuellement et collectivement, puissent évaluer les exemples et les principes mentionnés plus haut, et déterminer le caractère approprié de chaque option d’évaluation et de notation dans leur situation locale, leurs cours et leurs élèves. Discuter du caractère approprié de ces options avec leurs collègues, aidera les enseignants à développer de la compétence dans l’application des caractéristiques d’une bonne évaluation et à mieux comprendre comment l’évaluation peut être utilisée pour modeler les principes du royaume de Dieu dans leur situation individuelle.


Cet article a été révisé par des pairs.

Jerome Thayer

Jerome Thayer, Ph.D., est professeur émérite de recherche et de méthodologie statistique à l’université Andrews à Berrien Springs, dans le Michigan, aux États-Unis.

Citation recommandée :

Jerome Thayer, Équilibrer justice et bienveillance dans l’évaluation et la notation en classe, Revue d’éducation adventiste.

NOTES ET RÉFÉRENCES

  1. Le classement a longtemps été une source d'anxiété et de peur. Plusieurs sources le confirment ; voir, par exemple, Jeffrey Schinske et Kimberly Tanner, "Teaching More by Grading Less (or Differently)", CBE Life Science Education 13:2 (été 2014) : 159-166 : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4041495/ ; Yale Poorvu Center for Teaching and Learning, "Grades and Grading" (2019) : https://poorvucenter.yale.edu/teaching/teaching-how/chapter-5-grading-and-evaluation/grades-and-grading ; Susan M. Brookhart, "Teachers' Grading Practices : Meaning and Values", Journal of Educational Measurement 30:2 (été 1993) : 123-142.
  2. Cet article a été écrit en pensant aux enseignants, dont beaucoup ont suivi des cours sur les tests et l'évaluation en classe, et qui possèdent une compréhension des meilleures pratiques pour utiliser efficacement l'évaluation. Pour ceux qui ne possèdent pas ces connaissances de base, plusieurs ressources fournissent des exemples de la manière de planifier et de structurer efficacement les évaluations formatives et sommatives ; voir, par exemple, les travaux de Robert J. Marzano, Classroom Assessment and Grading that Work (Alexandria, Va. : Association for Supervision and Curriculum Development, 2009) ; James W. Popham, Classroom Assessment : What Teachers Need to Know (Boston, Mass. : Allyn and Bacon, 2011) ; James McMillan, Classroom Assessment : Principles and Practice for Effective Standards-Based Instruction (Boston, Mass. : Pearson, 2013) ; et, Kathryn Parker Boudett et al, Data Wise : A Step-by-Step Guide to Using Assessment Results to Improve Teaching and Learning (Cambridge, Mass. : Harvard Education Press, 2013). Les éducateurs devraient profiter de toute occasion d'améliorer leurs compétences dans ce domaine, car cela peut renforcer leur pratique et l'expérience des élèves.
  3. Ellen G. White, The Great Controversy (Mountain View, Calif.: Pacific Press, 1911) 660, 661 ; voir aussi Daniel 7.22 ; 1 Corinthiens 6.2,3 ; Apocalypse 20.4,6.
  4. Plusieurs textes de l'Écriture affirment que Dieu tient un registre de la vie de tous les peuples (Apocalypse 20.12) ; les noms de tous les croyants et de ceux qui craignent Dieu (Apocalypse 20.15 ; Malachie 3 .16) ; le nombre de cheveux sur la tête de chaque personne (Matthieu 10.30 ; Luc 12.7) ; les larmes versées (Psaume 56.8) ; les traits de chaque personne (Psaume 139.16) ; chaque parole prononcée (Matthieu 12.16) ; et le service de chacun (Matthieu 6.10 ; Hébreux 6.10).
  5. Dieu nous demande d’avoir un cœur contrit et sincère. Aussi, dans Vers Jésus à la page 93, Ellen White conseille que « prier, c’est ouvrir à Dieu son cœur comme on le ferait à son plus intime ami ».
  6. Les procédures de traitement des exceptions individuelles, des élèves ayant besoin d'aménagements spéciaux pour l'apprentissage et des situations d'urgence liées aux évaluations doivent être clairement documentées et expliquées aux élèves (par exemple, définir comment la bienveillance sera appliquée), et ces procédures doivent être appliquées de la même manière pour tous les élèves et soigneusement documentées (pour garantir la justice). Il est important de noter que les aménagements ou modifications du programme d'études qui permettent aux apprenants ayant des difficultés d'apprentissage de satisfaire à la norme ne doivent pas altérer le contenu du programme d'études, changer ce qui doit être évalué, ou donner un avantage supplémentaire. Ces modifications permettent aux étudiants de satisfaire à la norme en apprenant à travailler avec leurs difficultés. Pour plus d'informations, consultez le site du National Center for Learning Disabilities, "Accommodations for Students With LD" (2019) : http://www.ldonline.org/article/8022/.