Leslie R. Martin • Mikayla C. Conneen

VACCINS

L’OUTIL MOTEUR DE LA TROUSSE DE PRÉVENTION DES MALADIES

Ioana Czegledi, une petite fille roumaine aux joues roses et aux cheveux blonds, aurait eu 10 ans en mai 2017. Le mois précédent, elle avait été rongée par la fièvre, son corps s’était couvert de taches et elle avait été incapable de garder de la nourriture. Elle est morte des complications de la rougeole en dépit des efforts incroyables de son équipe soignante1. Ioana était née avec des problèmes médicaux qui rendaient la vaccination dangereuse pour elle. Sa mère faisait tout pour la protéger contre l’exposition aux maladies contagieuses. Cependant, devenue gravement déshydratée en avril, elle avait dû être admise à l’hôpital pédiatrique de Timisoara, tout près de chez elle. C’est là qu’elle avait contracté la maladie qui l’a tuée si rapidement. Elle a été l’un des 59 Roumains au moins qui sont morts depuis le début de l’épidémie de rougeole en 2016.

Avant la mise au point d’un vaccin contre la rougeole, disponible aux États-Unis à partir de 1963, on estimait que la majorité des enfants américains contractaient la rougeole avant l’âge de 15 ans ; que chaque année entre trois et quatre millions d’individus américains étaient infectés ; et qu’il en résultait entre 400 à 500 décès2. En 2000, les États-Unis ont déclaré que la rougeole était éradiquée, fournissant une excellente illustration de l’efficacité des vaccins pour réduire la mortalité* et la morbidité* associées aux maladies transmissibles. D’autres maladies ont aussi été partiellement contrôlées par les vaccins dont la diphtérie, la coqueluche et la poliomyélite, et la variole a été déclarée éradiquée dans le monde entier3.

Pourtant, malgré ces réussites apparentes, le puissant outil qu’est la vaccination n’a pas encore réalisé son plein potentiel. L’histoire d’Ioana ne présente qu’un cas parmi de nombreux autres cas tragiques, et la rougeole demeure une grave menace à la santé dans certaines parties du monde aujourd’hui. L’Organisation mondiale de la santé estime que malgré une diminution de 84 % des décès dus à la rougeole entre 2000 et 2016, au moins sept millions de personnes ont contracté des infections à la rougeole en 2016. Le suivi de la couverture globale des vaccinations par l’Organisation mondiale de la santé indique également qu’au cours des quelques dernières années, la proportion des enfants, dans le monde entier, ayant reçu les vaccins recommandés, n’a pas augmenté, malgré les efforts déployés, mais est restée stable à 85 %5.

La grippe est une autre maladie transmissible qui, pour beaucoup, semble désagréable mais pas particulièrement dangereuse. Malgré l’accès facile à des vaccins pour la grippe annuellement mis à jour, dans de nombreuses parties du monde, se faire vacciner n’est pas une haute priorité. Il est courant d’entendre les gens dire : « Je ne me suis pas encore décidé à le faire, mais je devrais » ; ou « Je pense que cette année je vais passer mon tour. Je n’ai pas eu la grippe l’année dernière, et je n’ai pas eu de problème ». Le danger potentiel de ce genre de raisonnement est souligné par l’expérience de deux médecins au Texas (États-Unis.) dont le fils Léon, en bonne santé et plein de vie, est mort de la grippe le jour de Noël en 20176. Il avait tout juste commencé à se sentir mal deux jours auparavant, et en moins de 48 heures, il était décédé. La triste ironie est qu’il devait recevoir un vaccin contre la grippe le 3 janvier quand son jeune frère âgé de deux ans recevrait aussi les vaccins nécessaires. Sa mère a rapporté lors d’un entretien : « La vaccination n’était même pas sur mon agenda comme quelque chose que je devais vraiment, vraiment prioriser. C’est simplement passé entre les mailles du filet. » Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis ont rapporté que Léon était l’un des 180 enfants victime de la grippe au cours de la saison 2017-2018, alors que quelque 80 pour cent de ces enfants n’avaient pas été vaccinés contre la grippe.

Des données scientifiques montrent clairement que les vaccins diminuent la mortalité et la morbidité associées aux maladies transmissibles mais, malgré la documentation relative à leur sécurité et à leur efficacité, on a enregistré, dans certaines parties du globe, des baisses récentes des taux de vaccination7. Cela explique, en partie, la menace permanente de la rougeole. En fait, nous assistons maintenant à la résurgence de plusieurs maladies comme la rougeole et la coqueluche qui étaient précédemment bien contrôlées ou en grande partie éradiquées8. L’érosion des progrès contre les maladies évitables est bien illustrée par le fait que 98 pays, de l’Ukraine aux Philippines, ont rapporté plus de cas de rougeole en 2018 qu’en 20179. Il peut être difficile dans certaines parties du monde d’obtenir des vaccins. Par exemple, en pleine guerre civile syrienne, on a estimé qu’au moins 400 000 enfants de moins de 5 ans n’ont pas été vaccinés contre la polio10. Des conflits internes ont aussi nui aux efforts de vaccination dans des endroits comme le Nigeria et le Pakistan11. Il en a résulté l’enregistrement de nouveaux cas bien que seulement ceux en Syrie orientale aient été assez nombreux pour être étiquetés comme étant une éclosion. Les éclosions de maladies en Amérique et en Europe, en raison du manque d’accessibilité, sont moins probables. Elles reflètent plutôt des croyances personnelles et de fausses informations.

L’impossibilité d’avoir accès aux vaccins par opposition au choix de ne pas vacciner, voilà deux explications larges et très différentes qui illustrent que l’échec de la vaccination n’est pas un problème à solution unique. Les raisons pour lesquelles les gens ne reçoivent pas les vaccins qui leur sont recommandés ainsi qu’à leurs enfants sont les suivantes : la religion, la résistance à l’influence des leaders et lobbies pro-vaccins, les objections au gouvernement et aux politiques institutionnelles (mandats), les croyances personnelles, les normes sociales, les connaissances et la sensibilisation, le manque de réelle confiance dans les prestataires de soins de santé, l’horaire et le mode d’administration, la géographie et l’économie12. Les croyances personnelles, les connaissances et les normes sociales liées à l’hésitation à se faire vacciner* sont presque toujours attachées à des données erronées qui, malheureusement, passent parfois par des canaux de confiance comme les amis et la famille, les groupes religieux et les médias sociaux. Le meilleur exemple de ce fait est peut-être l’article, maintenant tristement célèbre, publié par Andrew Wakefield et ses collaborateurs en 1998, qui reliait le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) à l’autisme13. Des chercheurs ultérieurs ont été incapables de reproduire ses conclusions. Finalement, le General Medical Council britannique en a conclu que Wakefield avait agi de manière malhonnête et irresponsable en suivant les protocoles de collecte et d'analyse des données. Sa licence médicale a été révoquée et l’article retiré du Lancet, le journal médical qui l’avait publié, signifiant par là qu’il n’était plus considéré comme faisant partie de la littérature scientifique en raison d’une inconduite scientifique – en particulier la fraude et les fausses déclarations concernant les données. Néanmoins, les fausses affirmations dans cet article avaient déjà eu une influence, et certains continuent à croire ses allégations démystifiées. Il est difficile de combler les lacunes en matière d'immunisation en raison de la disponibilité des vaccins – cela nécessite des ressources et un investissement – mais la façon de régler ce problème est simple. Cependant, les interventions visant à changer les attitudes et les croyances personnelles se sont révélées plus problématiques. Elles ont été souvent inefficaces, et dans certains cas, elles ont même produit des résultats opposés à ceux désirés.

Nyhan et ses collaborateurs14 ont donné un exemple de cet effet inverse par une étude sur le vaccin ROR qui incluait un groupe représentatif à l'échelle nationale américaine (États-Unis) de 1759 parents. Les participants avaient été assignés au hasard à des interventions qui comprenaient 1) des preuves que le vaccin ROR ne cause pas l’autisme, 2) des informations sur les dangers contre lesquels le vaccin ROR est protecteur, 3) des photos d’enfants affligés des maladies évitables grâce au vaccin ROR, 4) une histoire déchirante d’un bébé qui a failli mourir de la rougeole. Toutes les interventions n’ont pas augmenté les intentions des parents de faire vacciner leurs enfants. Fournir des preuves que le vaccin n’était pas lié à l’autisme a réellement réussi à réduire les croyances erronées au sujet d'un tel lien, mais chez les parents qui étaient le plus négatifs envers les vaccins au début de l’étude, l’intention de vacciner a encore diminué malgré le fait que leurs croyances étaient maintenant plus justes. C'est ce qu'on appelle le biais de confirmation*. De plus, les parents qui avaient vu les photos d’enfants avec les maladies évitables grâce au vaccin ROR ont ensuite exprimé de plus fortes croyances sur le lien vaccin-autisme, et ceux qui avaient entendu parler du bébé qui est presque mort de la rougeole ont été encore plus convaincus que le vaccin lui-même avait eu de graves effets secondaires. Ces résultats surprenants sont une fenêtre sur les défis qu'il peut y avoir à modifier non seulement les intentions (et leurs comportements correspondants), mais aussi les croyances sous-jacentes.

Mais pourquoi est-il si difficile de démystifier les croyances erronées sur les vaccins ? Lewandowsky et ses collaborateurs15 résument plusieurs processus cognitifs qui sont impliqués dans l’acceptation et la rétention de la désinformation par les gens. Premièrement, une information trompeuse n’est pas toujours facile à identifier – il peut être difficile de savoir si l’information que nous rencontrons est fiable ou non. Deuxièmement, quand on essaie de prendre cette décision, nous soupesons la nouvelle information par rapport à ce que nous croyons déjà être vrai. Une information qui ne s’accorde pas avec ce que nous croyons déjà est plus difficile à traiter16, et suscite des sentiments négatifs17, ce qui crée un parti pris contre l’acceptation d’une information incompatible avec nos croyances actuelles. Lewandowsky remarque aussi que la cohérence de l’information – si elle semble s’emboîter d'une manière organisée et raisonnable, si d’autres personnes dans nos groupes sociaux y croient – ainsi que la crédibilité apparente de la source, contribuent aussi à son acceptation ou non.

Outre ces facteurs cognitifs, en ce qui concerne les vaccins, un autre problème existe : soit leur succès même qui peut maintenant contribuer à l’hésitation des gens à leur égard. Prenons les États-Unis comme exemple : la plupart des maladies évitables par la vaccination, dans ce pays, sont à des niveaux historiquement faibles, ce qui signifie que les jeunes parents n’ont jamais vu de près les ravages qu’ont causés ces infections transmissibles autrefois courantes, et ils ressentent moins l’urgence de faire vacciner leurs enfants18. Quand cela est ajouté aux facteurs cognitifs déjà décrits, il n’est pas surprenant que de modifier les croyances, les attitudes et les comportements liés aux vaccins est une tâche difficile.

Que peut-on alors faire au niveau de l’école pour s’assurer que les élèves soient protégés par la vaccination ? Les écoles devraient avoir en place des politiques concernant les exigences en matière de vaccins qui doivent être remplies pour l’admission et le maintien de l’inscription des étudiants mais aussi des administrateurs, des enseignants, du personnel et des bénévoles qui seront en contact avec les étudiants (voir Encadré 1). La documentation contient des recommandations qui, bien que non garantes d’éliminer l’inobservation des vaccins, peuvent être utiles pour pousser les individus à mieux se conformer aux recommandations pour les vaccins. Examinons-les plus en détail :

Tenir de bons dossiers. Les vaccins doivent être donnés avant que les enfants ne soient inscrits à l’école. Vérifier les sites internet du Département de la santé de l’État ou du gouvernement pour les directives spécifiques sur les vaccins nécessaires avant l’inscription à l’école (voir Encadré 2). Effectuer des évaluations régulières des vaccins que les élèves de votre école ont reçus. Connaître les taux de vaccinations dans votre école vous aidera à déterminer s’il y a un problème qui doit être abordé (et de nombreux pays exigent que les écoles conservent des carnets de vaccination). Ces carnets sont aussi utiles dans le cas d’une apparition d'un foyer de maladie.

Assurer l’accessibilité. Dans certains pays, le système de santé sociale s’assure que les vaccinations sont accessibles à tous, mais cela n’est pas vrai partout. De toute façon, la plupart des vaccins ne sont pas excessivement chers, mais faire un dépistage pour identifier et éliminer les barrières financières existantes sera utile. Les cliniques de vaccination locales sont une bonne source de vaccinations à faible coût, et les cliniques de soins d’urgence concluent parfois un accord avec les écoles pour offrir des tarifs préférentiels sur les vaccins exigés. Il a été démontré que l’accessibilité augmente le nombre d’individus qui reçoivent le vaccin20.

Offrir les vaccinations sur place. Les élèves ont besoin d’avoir reçu certains vaccins avant d’avoir l’autorisation de s’inscrire à l’école. L’accessibilité financière mais aussi temporelle peut être améliorée en offrant les vaccinations sur place. On peut préparer l'organisation d'une journée annuelle de vaccination lors de laquelle une infirmière scolaire, une infirmière délégante (qui administre des médicaments), un médecin ou une infirmière de santé publique, peuvent fournir au moins quelques vaccinations nécessaires pour les étudiants. Cela peut inclure les vaccins contre le VPH (virus du papillome humain), la grippe, le DTCoq (diphtérie, tétanos, coqueluche), le méningocoque, l’hépatite (A/B), la varicelle, les ROR (rougeole, oreillons, rubéole) ou les rappels nécessaires. Programmez que les vaccinations seront obtenues ce jour-là – en faire la date par défaut – pour encourager les parents à faire participer leurs enfants. Des discussions plus détaillées avec les parents sur ce sujet devraient avoir lieu tout au long de l’année, et les directives présentées plus loin dans cette liste aideront les administrateurs scolaires à organiser le contenu de ces sessions (voir Encadré 2 pour des liens aux calendriers des vaccinations les plus couramment recommandées).

Définir clairement les exigences de vaccination. Les données montrent que lorsque les exemptions non médicales sont plus faciles à obtenir, les taux de maladie sont plus élevés21. Étant donné que les gouvernements locaux ou d’État ont différentes exigences pour l’inscription dans les écoles, celles-ci devraient établir des politiques qui font des vaccinations l’option par défaut, et rendre plus difficile pour les parents la déposition d’une demande d’exemption à l’école. L’Église adventiste du septième jour ne soutient pas les dispenses religieuses – on peut trouver les directives actuelles pour les vaccinations à : //www.adventist.org/en/information/official-statements/guidelines/article/go/-/immunization (voir Encadré 3). Une stratégie efficace22 pour améliorer les taux de vaccination peut être de rendre les exemptions plus difficiles à obtenir.

Établir des contacts de suivi. Qu’une infirmière scolaire ou un autre représentant de l’école fassent des appels de suivi aux familles dont les enfants ne sont pas vaccinés et n’ont pas été admis à l’école ou ont été renvoyés. Parfois, la requête personnelle d’un membre de confiance et apprécié du réseau social peut changer les choses. Les parents ont aussi besoin d’être conscients des exigences pour leurs enfants non vaccinés s’ils devaient être exposés à une maladie ou en cas d’éclosion d’un foyer de maladie – par exemple, le temps que ceux-ci devront être gardés à la maison. Les départements locaux de santé peuvent avoir des brochures ou d’autres directives pour les écoles sur ce sujet.

La recherche montre aussi que la tenue de conversations plus en profondeur avec les parents qui hésitent peut améliorer les taux de vaccination23. Au cours de ces conversations, les techniques décrites plus loin peuvent être utilisées.

Assurer l'uniformité des messages. Éduquez les enseignants (et autres représentants scolaires) sur l’importance des vaccinations, y compris leur efficacité et leur innocuité. Cela aidera à assurer que la fausse information n’est pas partagée accidentellement et que des messages clairs et cohérents sont présentés aux parents et aux étudiants, sans oublier l’exemple que donne la pratique de l’immunisation. Il peut être utile de publier à l’occasion des articles dans le journal scolaire ou sur le site web de l’école sur l’importance d’être à jour sur les vaccinations, cela présentant un message cohérent de la part de l’administration scolaire. Le programme des sciences de la santé devrait aussi inclure ces informations.

Des données indiquent que lorsque les messages entre les fournisseurs de soins de santé et autres autorités de confiance concordent, ils deviennent plus convaincants, et la pratique est meilleure24. Les parents devraient consulter leur médecin de famille pour des conseils. La National Association of School Nurses’ Statement on Vaccinations est aussi une bonne ressource : http://www.nasn.org/advocacy/professional-practice-documents/position-

statements/ps-immunizations.

Ne pas renforcer les mythes. Dans l’effort de corriger la fausse information, il est facile, par inadvertance, de renforcer la chose même que vous essayez de contester en la répétant inutilement25. Ainsi, insistez sur la bonne information sans répéter la mauvaise information, si possible. S’il faut corriger des inexactitudes, ouvrez la discussion avec un avertissement explicite qu’il s’agit là d’une mauvaise information. Cela encouragera les gens à être mentalement vigilants et moins portés à se laisser influencer par l’information erronée.

Combler le manque d’information. Quand les erreurs sont démystifiées, il survient une lacune dans les connaissances, et il est important de remplir ce vide avec des données exactes. Fournissez une juste information sur l’efficacité et l’innocuité des vaccins immédiatement après que la fausse information a été démystifiée. (Voir Encadré 2)

Faire simple. Les présentations devraient être brèves et directes. Il faut éviter le jargon médical et inclure des illustrations (diagrammes ou animations) qui aident à illustrer des concepts importants. Assurez-vous que la bonne information et le message désiré soient plus convaincants, ou au moins tout aussi faciles à retenir que l’information erronée. En fait, les recherches ont toujours montré que de rendre la nouvelle et véritable information aussi facile à traiter que possible, et de se concentrer sur elle autant que possible plutôt que de se concentrer sur le mythe à défaire, est une stratégie efficace pour corriger les croyances erronées26. Cela peut s’avérer difficile car l’information erronée est souvent basée sur la peur, et les humains ont tendance à faire attention à et à se rappeler des choses qui les rendent anxieux. Des directives précises qui indiquent aux gens ce qu’ils peuvent faire pour faire face à la situation productrice d’anxiété – comme recevoir un vaccin pour éviter une maladie dangereuse – peut aider à atténuer leur appréhension.

Soutenir les visions du monde existantes. Autant que possible, présentez l’information d’une manière compatible avec la vision du monde et les valeurs de votre public. Cela facilite les liens avec les connaissances existantes et rend le rappel plus efficace27. En ce qui concerne la pratique religieuse, généralement cela n’est pas un problème pour les adventistes du septième jour. Les gens, cependant, ont beaucoup d’autres valeurs que les valeurs religieuses. Certains parents peuvent croire, par exemple, que l’immunité naturelle est préférable pour leurs enfants – tout en reconnaissant que les vaccins sont sûrs et efficaces. Cela donne l’occasion d’introduire d’autres valeurs dans la discussion – peut-être la valeur de se soucier de sa communauté et l’importance de l’immunité de groupe* afin de protéger les individus immunodéprimées qui ne peuvent pas être vaccinés pour des raisons médicales.

Le vaccin VPH (virus du papillome humain) est particulier car l’objection à ce vaccin est souvent faite pour des raisons morales28. Particulièrement dans les écoles et les familles qui encouragent l’abstinence sexuelle avant le mariage, les parents peuvent croire que leur enfant n’a pas besoin de ce vaccin parce qu’il n’est pas actuellement sexuellement actif et ne poursuivra pas un comportement de promiscuité.

Ces attitudes reflètent une fausse idée au sujet du vaccin – il n’est nécessaire que si les adolescents et les jeunes adultes sont sexuellement actifs – et donc, il peut être utile de le recadrer en termes de risques à long terme documentés. Par exemple, les Centers for Disease Control américains estiment que chaque adulte américain actif sexuellement sera infecté par un VPH au moins une fois dans sa vie, et que les infections au VPH expliquent 27 000 cancers diagnostiqués annuellement, y compris des cancers de la gorge moyenne, du col de l’utérus et de l’anus29.

Aider les gens à assimiler l’information. Si une information incompatible avec les valeurs parentales ou leur vision du monde doit être présentée, aidez-les à l’assimiler peut-être en la présentant d’une manière qui affirme la vision du monde, en se concentrant sur les bienfaits plutôt que les risques ou en rappelant aux parents des textes bibliques tels que 1 Corinthiens 6.19 : « Ne le savez-vous pas? Votre corps est le sanctuaire de l’Esprit saint… » (NBS) 30. Bien que ce texte soit parfois utilisé pour soutenir les arguments anti-vaccinations, il faudrait noter que la Bible nous enjoint aussi de prendre soin les uns des autres (Philippiens 2.3, 4) et à reconnaître notre responsabilité envers les autres (Galates 5.13).

Nous avons le privilège d’avoir les vaccinations comme outils pour nous aider à contrôler et éradiquer les nombreuses maladies transmissibles qui ont joué un rôle tellement dévastateur dans l’histoire de l’humanité. On peut comprendre les méprises à leur sujet, et les hésitations à s’en servir, mais tout en reconnaissant les craintes parentales nous n’avons pas à accepter cet état de fait. Les meilleures percées médicales ne sont efficaces que si on les utilise. Comme le médecin et anthropologue américano-coréen Jim Yong Kim (ancien président de Darmouth, ex-chef du département du VIH /SIDA de l’OMS et président de la Banque mondiale de 2012-2019) a dit : «La vraie science des soins de santé, c'est la façon d'organiser les êtres humains pour qu'ils fournissent ce que nous avons déjà…31 » Nous avons beaucoup de vaccins efficaces. Nous devons les utiliser et aider les autres à faire de même.


Cet article a été revu par des pairs.

Leslie R. Martin

Leslie R. Martin, PhD, est professeur de psychologie à l'université de La Sierra à Riverside, Californie. Elle a obtenu un doctorat à l’University of California, Riverside et est membre de la Western Psychological Association. Dr Martin est l’auteur et le co-auteur de plusieurs articles sur la psychologie de la santé, la psychologie sociale, et la personnalité.

Mikayla C. Conneen

Mikayla C. Conneen, B.A., est diplômée en 2019 de l'université La Sierra de Riverside, en Californie, et titulaire d’une licence en neuroscience. Elle prévoit commencer ses études de médecine en 2020 et désire se spécialiser en psychiatrie. Les recherches de Mikayla se sont concentrées sur les incongruités dans les comportements liés à la santé, en particulier les comportements liés aux vaccins.

Citation recommandée :

Leslie R Martin et Mikayla C. Conneen, Vaccins : L’outil moteur de la trousse de prévention des maladies, Revue de l’éducation adventiste, Disponible à https://jae.adventist.org/fr/2019.81.2.2.

NOTES ET RÉFÉRENCES

  1. Joanna Kakissis et Octavian Coman, “The Story Behind the Worst Measles Outbreak in the European Union,” NPR: Weekend Edition Saturday (novembre 24, 2018): https://www.npr.org/sections/goatsandsoda/2018/11/24/669228140/the-story-behind-the-worst-measles-outbreak-in-the-european-union.
  2. Les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis signalent qu'entre le 1er janvier et le 6 juin 2019, 1 022 cas de rougeole ont été confirmés dans 28 États américains (https://www.cdc.gov/measles/cases-outbreaks.html). En plus des décès, les personnes qui contractent la maladie peuvent être hospitalisées (48 000 personnes sont hospitalisées chaque année), souffrir d'encéphalite (1 000 souffrent d'une inflammation du cerveau) et d'autres problèmes à long terme liés à la maladie comme la pneumonie chronique, la cécité et la perte auditive permanente. Pour plus d’informations, voir : U.S. Centers for Disease Control and Prevention, “Measles (Rubeola): Measles History,” (2018): http://www.cdc.gov/measles/about/history.html and “Measles Data and Statistics,” (2018): https://www.cdc.gov/measles/downloads/MeaslesDataAndStatsSlideSet.pdf.
  3. William Muraskin, The Politics of International Health: The Children’s Vaccine Initiative and the Struggle to Develop Vaccines for the Third World (New York: SUNY Press, 1998).
  4. World Health Organization, “Immunization, Vaccines, and Biologicals: Measles” (2018): http://www.who.int/immunization/diseases/measles/en.
  5. World Health Organization, “Immunization Coverage Fact Sheet” (2018): https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/immunization-coverage.
  6. City News Service, “Doctors’ Son Died 10 Days Before Flu Shot Appointment” (2018): https://fox5sandiego.com/2018/11/02/doctors-son-died-10-days-before-flu-shot-appointment/.
  7. Abraham Palache et coll., “Seasonal Influenza Vaccine Dose Distribution in 157 Countries (2004–2011),” Vaccine 32:48 (décembre 2014): 6,369-6,376; Anna Pearce et coll., “Millennium Cohort Study Child Health Group. Factors Associated with Uptake of Measles, Mumps, and Rubella Vaccine (MMR) and Use of Single Antigen Vaccines in a Contemporary UK Cohort: Prospective Cohort Study,” The BMJ 336:7647 (février 2008), 754-757.
  8. Vincent A. A. Jansen et coll., “Measles Outbreaks in a Population With Declining Vaccine Uptake,” Science 301:5634 (August 2003): 804; Varun K. Phadke et al., “Association Between Vaccine Refusal and Vaccine-preventable Diseases in the United States: A Review of Measles and Pertussis,” JAMA 315:11 (mars 2016): 1,149-1,158; Jessica E. Atwell et Daniel A. Salmon, “Pertussis Resurgence and Vaccine Uptake: Implications for Reducing Vaccine Hesitancy,” Pediatrics 134:3 (septembre 2014): 602-604; James D. Cherry, “Epidemic Pertussis in 2012—The Resurgence of a Vaccine-preventable Disease,” New England Journal of Medicine 367:9 (août 2012): 785-787.
  9. WHO-UNICEF, “Estimates of DTP3 Coverage. Vaccine-preventable Diseases: Monitoring System 2018 Global Summary” (2018): http://apps.who.int/immunization_monitoring/globalsummary/timeseries/tswucoveragedtp3.html.
  10. Darin L. Seehafer, “Polio Outbreaks in Syria: Impact of War on Public Health,” PRA Health Sciences (2017): https://prahs.com/blog/2017/08/14/polio-outbreaks-in-syria/.
  11. Ibid.; Stephanie Soucheray, “Syria, Pakistan Report New Polio Cases,” Center for Infectious Disease Research and Policy (2017): http://www.cidrap.umn.edu/news-perspective/2017/07/syria-pakistan-report-new-polio-cases.
  12. Eve Dubé et coll., “Mapping Vaccine Hesitancy—Country-specific Characteristics of a Global Phenomenon,” Vaccine 32:49 (novembre 2014): 6649-6654.
  13. Andrew J. Wakefield et coll., “RETRACTED: Ileal-lymphoid-nodular Hyperplasia, Non-specific Colitis, and Pervasive Developmental Disorder in Children,” The Lancet 351:9103 (février 1998): 637-641.
  14. Brendan Nyhan et coll., “Effective Messages in Vaccine Promotion: A Randomized Trial,” Pediatrics 133:4 (avril 2014): e835-e842.
  15. Stephan Lewandowsky, et coll., “Misinformation and Its Correction: Continued Influence and Successful Debiasing,” Psychological Science in the Public Interest 13:3 (septembre 2012): 106-131.
  16. Piotr Winkielman et coll., “Fluency of Consistency: When Thoughts Fit Nicely and Flow Smoothly.” In Bertram Gawronski and Fritz Strack, éds., Cognitive Consistency: A Fundamental Principle in Social Cognition (New York: Guilford Press, 2012), 89-111.
  17. Leon Festinger, A Theory of Cognitive Dissonance (Evanston, Ill.: Stanford University Press, 1957).
  18. Erick Temoka, “Becoming a Vaccine Champion: Evidence-based Interventions to Address the Challenges of Vaccination,” South Dakota Journal of Medicine (février 2013): Spec. No.: 68-72.
  19. Lewandowsky et coll., “Misinformation and Its Correction: Continued Influence and Successful Debiasing”; Noella W. Whelan et coll., “Engaging Parents and Schools Improves Uptake of the Human Papillomavirus (HPV) Vaccine: Examining the Role of the Public Health Nurse,” Vaccine 32:36 (août 2014): 4665-4671; Centers for Disease Control and Prevention, “Improving Vaccination Coverage Fact Sheet” (2015): https://www.cdc.gov/vaccines/imz-managers/laws/downloads/Improving-Vax-Coverage-Factsheet.pdf; C. Lee Ventola, “Immunization in the United States: Recommendations, Barriers, and Measures to Improve Compliance. Part 1: Childhood Vaccinations,” Pharmacy and Therapeutics 41:7 (July 2016): 426-436; Patti Herring and Elizabeth Holzhauser, “Important Facts About Immunizations,” The Journal of Adventist Education 65:3 (février/mars2003): 9-16.
  20. Kerrie E. Wiley et coll., “Uptake of Influenza Vaccine by Pregnant Women: A Cross-sectional Survey,” Medical Journal of Australia 198:7 (avril 2013): 373-375.
  21. Eileen Wang et coll., “Nonmedical Exemptions From School Immunization Requirements: A Systematic Review,” American Journal of Public Health 104:11 (novembre 2014): e62-e84.
  22. Douglas J. Opel et Saad B. Omer, “Measles, Mandates, and Making Vaccination the Default Option,” JAMA Pediatrics 169:4 (avril 2015): 303, 304.
  23. Y. Tony Yang et Ross D. Silverman, “Legislative Prescriptions for Controlling Nonmedical Vaccine Exemptions,” JAMA Viewpoint 313:3 (janvier 2015): 247-248.
  24. M. Robin DiMatteo, “Variations in Patients’ Adherence to Medical Recommendations: A Quantitative Review of 50 Years of Research,” Medical Care 42:3 (mars 2004): 200-209.
  25. Norbert Schwarz, Eryn Newman, et William Leach, “Making the Truth Stick and the Myths Fade: Lessons From Cognitive Psychology,” Behavioral Science and Policy 2:1 (janvier 2016): 85-95.
  26. Ibid.
  27. Esther S. Grassian et Joan R. Kaplowitz, Information Literacy Instruction: Theory and Practice, 2e éd. (New York: Neal-Schuman Publishers, Inc., 2001).
  28. Nancy C. Sharts-Hopko, “Issues in Pediatric Immunization,” MCN: The American Journal of Maternal/Child Nursing 34:2 (mars-avril 2009): 80-88.
  29. My Southern Health, “Should Teens Get the HPV Vaccine?” (2018): http://www.mysouthernhealth.com/hpv-vaccine-teens/.
  30. 1 Corinthiens 6.19, Nouvelle Bible Segond, NBS, 2002.
  31. Ivy Mungcal, “Who Is Jim Yong Kim?” (2012): https://www.devex.com/news/who-is-jim-yong-kim-77825.