Bordes Henry Saturné

GOUVERNANCE ET SPIRITUALITÉ :l'impact de la santé spirituelle des membres des conseils d’administration sur les institutions qu’ils gouvernent

Une seule personne poussée par le Saint Esprit peut devenir un canal de bénédictions et apporter une énorme différence dans les institutions éducatives adventistes du septième jour. Inversement, un membre de conseil qui est déconnecté du Saint Esprit, même pour une courte période, peut causer beaucoup de dommages1. J’en ai eu la preuve très claire, il y a quelques années de cela, alors que j’étais surintendant de l’éducation de la fédération du Grand New York.

Nous avions besoin d’une école adventiste dans l’est de Long Island, à New York, après la fermeture de l’école précédente qui avait servi les familles de ce district pendant plus de 40 ans. Nous avons établi un petit comité pour prier, planifier, négocier et ouvrir une école dans les locaux de l’église de Babylon où une ancienne petite école adventiste avait fermé ses portes 25 ans auparavant, laissant derrière elle une grosse dette que l’église avait dû payer, sans parler de la souffrance que cela avait causé.

Que de défis avions-nous à relever ! Tout d’abord, il fallait que les membres d’église adoptent ce projet en dépit de mauvais souvenirs. Ensuite, nous devions gagner le soutien des autres églises du secteur afin qu’elles subventionnent la nouvelle école et/ou y envoient leurs enfants. Puis, nous devions trouver le financement nécessaire pour rénover le vieux bâtiment et le mettre en conformité avec les normes, ainsi que pour couvrir les dépenses liées à l’ouverture d’une nouvelle école. Finalement, le conseil municipal de Babylon, à New York, qui avait la réputation d’être très strict, devait nous donner la permission d’utiliser le bâtiment existant pour une école. Nous avions désespérément besoin de la bénédiction de Dieu pour que ce projet devienne une réalité malgré tous ces obstacles.

Après beaucoup de prières et de délibérations, avec le soutien du pasteur de l’église et des membres du comité de planification, le projet a été présenté aux membres d’église lors d’une réunion spéciale. De nombreuses questions et objections légitimes furent soulevées. Les membres semblaient prêts à voter contre la proposition. Mais soudain, Dieu a utilisé la voix d’un membre courageux et consacré qui a parlé comme Caleb et Josué2, et qui a réussi à convaincre l’église d’aller de l’avant avec ce projet. Ultérieurement, ce membre, une femme, a répondu à l’appel à servir, et pendant des années elle a été la directrice du conseil d’administration de la nouvelle école d’église.

Répondant à nos prières, Dieu a miraculeusement ouvert toutes les portes et éliminé tous les obstacles. Aujourd’hui, la South Bay Junior Academy offre toujours une éducation adventiste à de nombreuses familles dans ce secteur de New York.

L’éducation adventiste et la grande controverse

L’éducation adventiste est fondamentalement un ministère3 et une entreprise spirituelle. Dans le contexte de la grande controverse entre le bien et le mal, les membres des conseils d’administration devraient garder à l’esprit que les établissements d’enseignement chrétiens sont établis en premier lieu pour faire avancer le royaume de Dieu : « Restaurer en l’homme l’image de son Créateur, le rendre à la perfection pour laquelle il avait été créé devaient être l’œuvre de la rédemption. C’est le but de l’éducation, l’objet grandiose de la vie.4 » Il s’ensuit que cette bataille ne peut pas être livrée exclusivement avec la puissance mentale, les ressources financières, ou les compétences professionnelles. Pour livrer cette bataille spirituelle, il faut des armes divines. « Ce n’est pas par la puissance, ce n’est pas par la force, mais c’est par mon souffle, dit le Seigneur (YHWH) des Armées » (Zacharie 4.6, NBS).

Certaines personnes religieuses sont aussi spirituelles, mais toutes ne le sont pas. La religion a provoqué des croisades, l’inquisition, des persécutions, l’extrémisme, la violence et des attitudes de jugement.

La position d’influence et la visibilité des membres des conseils en font les cibles des attaques de l’ennemi, comme l’a été Simon Pierre5. Ils ont besoin d’obéir à cet ordre : « Opposez-vous à lui, fermes dans la foi » (1 Pierre 5.9). Sinon, ils risquent de devenir un obstacle au progrès de l’œuvre de Dieu. Je me souviens encore de la douloureuse histoire d’une amère dispute entre un membre influent du conseil et un directeur d’école qui s’est terminée par la fermeture de l’établissement. Le membre du conseil voulait prouver qu’il avait le « dernier mot » et le « pouvoir de faire perdre au directeur sa place ». Il a réussi alors à persuader la collectivité de fermer l’école. Cette histoire triste, mais vraie, illustre l’impact néfaste d’un administrateur orgueilleux, rancunier et égoïste.

Lou Solomon a remarqué que « devenir puissant rend les gens moins empathiques » et que « les échecs de leadership les plus fréquents ne tournent pas autour de fraudes, de détournements de fonds ou même de scandales sexuels. Il est plus courant de voir des dirigeants qui échouent dans le domaine de l’autogestion quotidienne – et l’utilisation de leur pouvoir d’une manière motivée par l’ego et l’intérêt personnel »6.

L’histoire troublante de l’impitoyable reine Jézabel nous rappelle que les membres des conseils sont des administrateurs et qu’ils devraient s’attacher aux standards éthiques les plus élevés et ne jamais tolérer le népotisme ni le favoritisme. Jézabel avait planifié soigneusement l’élimination de Naboth dans l’intention de saisir sa vigne pour son mari (1 Rois 21). De la même manière, parfois des membres d’un conseil font pression sur l’administration pour obtenir une position, une promotion ou une augmentation de salaire pour leurs parents ou amis.

Tout en s’acquittant de leurs responsabilités, les dirigeants spirituels doivent être conscients de leurs lacunes puisque « nous portons ce trésor dans des vases de terre » (2 Corinthiens 4.7). Richard Exley nous rappelle avec candeur qu’ « en chacun de nous sommeille le risque d’abuser de notre pouvoir. Il est fréquemment maîtrisé, mais non pas par une véritable humilité, mais seulement par un manque d’opportunité. Si l’on reçoit un petit peu de pouvoir, que tout le monde soit sur ses gardes7 ! » Dan Allender nous invite à reconnaître nos limites alors que « nous menons avec une boiterie ». Il nous invite à nous éloigner résolument des réponses inefficaces et dangereuses aux défis – lâcheté, rigidité, narcissisme, dissimulation et fatalisme – et à adopter des réponses efficaces – courage, profondeur, gratitude, ouverture, et espérance 8. « Ceux qui contrôlent les autres devraient tout d’abord apprendre à se contrôler eux-mêmes. À moins d’apprendre cette leçon, ils ne peuvent pas ressembler à Christ dans leur travail. Ils doivent demeurer en Christ, parler comme il parlerait, agir comme il agirait – avec une tendresse et une compassion sans faille9. »

À la recherche d’une définition de la spiritualité

Les chercheurs ont du mal à définir la spiritualité10. Bruce Speck a reconnu qu’« il est clair qu’il manque une définition consensuelle de la spiritualité »11. Covrig, Ledesma, et Gifford font une distinction entre spiritualité et religion12, mais Kenneson conteste cette approche13. Cadge et Konieczny, quant à eux, remarquent que la religion « est cachée à la vue de tous » et devrait être ouvertement reconnue, tout comme le sexe et la race15. Fry et Kiger ont dressé la liste des valeurs relatives au leadership spirituel : confiance, pardon, intégrité, honnêteté, courage, humilité, gentillesse, compassion, patience, excellence, et joie16.

Dans cet article, la religion n’est pas assimilée à la spiritualité. Certaines personnes religieuses sont aussi spirituelles, mais toutes ne le sont pas. La religion a provoqué des croisades, l’inquisition, des persécutions, l’extrémisme, la violence et des attitudes de jugement. La spiritualité vient avec l’amour, l’acceptation, la patience, le courage, le pardon. Les personnes spirituelles font preuve d’authenticité, de transcendance, d’interdépendance, d’autoréflexion, de contrôle de soi, de paix intérieure et d’un sens de la raison d’être. Avant tout, la spiritualité est une question de cœur. Les membres spirituels des conseils d’administration cultivent « le fruit de l’Esprit » qui, selon Paul, « est : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi » (Galates 5.22, 23). 

Cependant, même des personnes authentiquement spirituelles peuvent parfois avoir une compréhension incomplète ou incorrecte de la vérité. Les millérites, par exemple, étaient très spirituels, mais ils croyaient à tort que Jésus reviendrait sur la terre en 1844 quand, en fait, il était sur le point d’inaugurer son ministère dans le Lieu Très Saint dans le sanctuaire céleste17. La connaissance qu’Apollos avait de l’Évangile se limitait à ce qu’il avait reçu avant d’être baptisé par Jean le Baptiste. Pourtant, il était un homme très spirituel qui aimait Dieu et était consacré à son service. Quoi que très éloquent et hautement éduqué, il a eu l’humilité d'étudier les  Écritures avec deux artisans, les faiseurs de tentes Priscille et Aquilas18.

Le Saint-Esprit conduit les croyants dans toute la vérité, mais cette révélation est progressive. De plus, les croyants ne sont pas toujours prêts à apprendre tout ce que le Seigneur veut leur enseigner : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter maintenant » (Jean 16.12), a dit Jésus à ses disciples. « C’est le Défenseur, l’Esprit saint que le Père enverra en mon nom, qui vous enseignera tout » (Jean 14.26). Une personne spirituelle a une attitude d’humilité et la bonne volonté d’apprendre des vérités plus profondes afin de croître dans le Seigneur.

Les dangers d’une spiritualité contrefaite

À de nombreuses reprises, la Bible condamne la religion sans spiritualité. La religion est alors caractérisée par l’extrémisme, une attitude de jugement, un désir de contrôler les autres, un esprit de vengeance, l’arrogance, l’orgueil, l’égoïsme, la discrimination, l’exclusion, l'avarice et/ou la corruption. Paul a réprimandé ceux qui ont « la forme extérieure de la piété mais (qui en renient) la puissance » (2 Timothée 3.5).

La spiritualité, ce n’est pas fréquenter des services religieux, observer des rites, participer à des cérémonies ou même mémoriser des doctrines – bien que ces pratiques religieuses habituellement aident à nourrir la spiritualité19. Les pharisiens étaient de strictes observateurs de la loi, mais ils laissaient « de côté ce qui est le plus important dans la loi : la justice, la compassion et la foi » (Matthieu 23.23)20. Ils étaient très religieux mais vides d’une véritable communion avec Dieu. Les doctrines qu’ils avaient si bien apprises n’avaient pas transformé leur cœur égoïste et orgueilleux. Paul s’est attaqué à ce problème : « Quand j’aurais la capacité de parler en prophète, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même la foi qui transporte les montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien » (1 Corinthiens 13.2). Il ajoute dans 1 Corinthiens 8.1 : « La connaissance gonfle d’orgueil, mais l’amour construit. » Il ne s’agit pas de ce que nous savons ou de combien d’argent nous avons, ni d’observer les règles et d’obtenir la conformité aux règlements – tout cela étant bien sûr important – mais il s’agit de devenir une nouvelle créature transformée de l’intérieur vers l’extérieur par l’amour de Jésus.

Saul de Tarse était plein de ferveur pour la Loi et il débordait « d’une passion jalouse pour les traditions 21» de ses pères, mais il a fallu cette rencontre avec Jésus sur le chemin de Damas pour que son cœur soit changé et que ses priorités soient réévaluées. Nous avons là un rappel que la spiritualité authentique grandit dans la présence de Dieu.

La spiritualité contrefaite est souvent présomptueuse. Les chrétiens s’attendent parfois à l’approbation divine et à la bénédiction même si, dans leur façon d’être et de faire, ils sont négligents, désobéissants ou paresseux. Ils proclament : « C’est l’œuvre de Dieu ça ne peut pas échouer. » Jérémie a averti les enfants d’Israël : « Ne mettez pas votre confiance dans les paroles mensongères : « C’est ici le temple du Seigneur, le temple du Seigneur, le temple du Seigneur ! » (Jérémie 7.4). Ellen White a écrit : « Néhémie ne considéra pas sa tâche accomplie après avoir pleuré et prié devant le Seigneur. Il joignit ses prières à un saint zèle ; il déploya des efforts sincères et persévérants pour la réussite de l’entreprise pour laquelle il s’était engagé. Pour mener à bien aujourd’hui les saintes entreprises, comme à l’époque où l’on reconstruisait les murs de Jérusalem, il faut de la prudence, des plans mûrement réfléchis22. »

Les administrateurs des écoles adventistes ne peuvent pas se permettre d’être capricieux et arbitraires. Ils ne doivent pas se servir de leurs opinions personnelles pour recommander des mesures disciplinaires pour les employés ou les étudiants. Il y a quelques décennies, une directrice d’école, une des meilleures éducatrices de la fédération, a été précipitamment renvoyée par le conseil scolaire local parce qu’elle avait commandé des pizzas pour ses étudiants. Les membres du conseil croyaient fermement qu’une « véritable adventiste » ne pouvait pas, et ne voudrait pas, offrir un « aliment aussi malsain » à des élèves. Dans leur juste indignation, ils ont voté de démettre de ses fonctions la directrice, avec effet immédiat. Il a fallu une intervention énergique des responsables de la fédération et beaucoup de sagesse pour convaincre ces membres du conseil qu’ils devaient suivre la procédure régulière et qu’ils n’avaient pas le droit de renvoyer pour n’importe quelle raison une employée dont le poste était contracté par la fédération. Les conseils scolaires recommandent le licenciement ou le renvoi, mais seulement en consultation avec l’organisme qui a recruté (dans ce cas, la fédération locale). Les politiques de licenciement sont énoncées dans les politiques officielles de la dénomination et les règlements gouvernementaux23.

Une authentique spiritualité produit les fruits de l’Esprit

Si quelqu’un est appelé à siéger au conseil d’administration, il lui est confié un grand privilège qui s’accompagne de responsabilités. « Ce qu’on demande d’un intendant c’est qu’il soit digne de confiance » (1 Corinthiens 4.2). Joseph, Daniel et Néhémie ont été des administrateurs spirituels performants qui peuvent inspirer les membres des conseils d’administration. Ils étaient diligents, fidèles, honnêtes, courageux et prudents. Leur foi inébranlable les motivait à se préparer soigneusement, à planifier de manière réfléchie et à exécuter leurs projets judicieusement. Ils se sentaient convaincus que dans tout ce qu’ils faisaient ils étaient responsables de travailler « comme pour le Seigneur, et non pour des humains » (Colossiens 3.23). Ils démontraient la sagesse « qui descend d’en haut » que Jacques décrit comme étant « pure… pacifique, conciliante, raisonnable, pleine de compassion et de bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie » (Jacques 3.13-18).

Les membres des conseils ne peuvent pas se permettre d’adopter une attitude nonchalante. Dormir à l’aiguillage ou nier de dures réalités pourraient avoir un terrible impact sur la vie de nombreuses personnes et même menacer la viabilité de l’école. Il n’y a pas de place pour la complaisance.

Les membres spirituels d’un conseil d’administration ont de grandes attentes. Ils croient que le peuple de Dieu doit être la tête et non la queue24. Cela est particulièrement vrai dans le domaine de l’éducation où administrateurs et membres de conseil exigent qualité, efficacité, professionnalisme, honnêteté, transparence, équité, et compassion. Ils ont une tolérance zéro pour l’incompétence, le chaos, l’immoralité, la médiocrité ou la corruption. Ils ont la conviction que Dieu est prêt et désireux d’accomplir des choses extraordinaires pour ses enfants. « Dieu est prêt à faire de grandes choses pour ses enfants. Il viendra inévitablement au secours de ceux qui s’abandonnent à lui et lui obéissent. La raison pour laquelle son peuple est si faible, c’est qu’il se fie trop à lui-même et ne donne pas au Seigneur l’occasion de manifester sa puissance25. »

Nos fortes attentes doivent, cependant, être proportionnelles au soutien et aux ressources de nos élèves et éducateurs. Il n’est pas raisonnable d’avoir pour tous les mêmes attentes. « Notre position dans la vie dépend de nos capacités. Nous ne nous développons pas tous de la même façon, nous n’accomplissons pas tous le même travail avec la même efficacité. Même Dieu ne s’attend pas à ce que l’hysope atteigne la taille du cèdre, ni l’olivier celle du palmier. Chacun de nous doit viser l’objectif qu’il peut atteindre en unissant ses capacités humaines à la puissance divine26. »

Une charge de travail excessive et un épuisement professionnel posent des défis chroniques au système adventiste. Nous nous attendons à ce que les enseignants soient disponibles pendant la totalité de la journée scolaire (et souvent sans aucune pause), les soirées et le sabbat, et souvent le dimanche aussi. Parfois, les employés sont même appelés à servir pendant leurs vacances. Les conseils scolaires doivent intentionnellement encourager les administrateurs scolaires de faire des efforts pour protéger le temps personnel de leurs employés et leur donner une certaine latitude pour se ressourcer et recharger leurs batteries.

Un des pionniers de l’Église adventiste, le puissant prédicateur James White, était consacré à son travail au point qu’il était toujours en train de prêcher, publier, visiter et présider des réunions. Sa femme bien-aimée, Ellen White, l’a averti qu’à moins qu’il ne ralentisse dans ses nombreuses activités, sa santé serait terriblement compromise, et qu’il pourrait même perdre sa vie. Mais James n’était pas prêt à ralentir. En conséquence, il a subi un accident vasculaire cérébral (AVC) à 44 ans qui l'a laissé paralysé. Remis sur pied quelques mois plus tard, il a repris sa vie active. Il est à nouveau tombé très malade à 56 ans et il est mort à 60 ans. Un ministère fructueux qui aurait pu servir l’Église pendant de nombreuses années encore a ainsi été abrégé27.

En français, l’on dit souvent que l’excès en tout est un défaut. Oui, les excès et l’extrémisme sont de très efficaces subterfuges du diable alors qu’il fait des efforts pour séduire les enfants de Dieu et les emmener loin de leur glorieuse destinée. Un de fruits de l’Esprit est ἐγκράτεια (egkrateia), ce qui signifie tempérance, retenue, maîtrise de soi, autonomie, force intérieure, ou modération28. La personne qui, par la puissance du Saint-Esprit, garde les choses sous contrôle et ne se laisse pas emporter par la passion ou les circonstances, donne l’exemple de cette vertu – la tempérance.

Le conseil que le Christ a donné à ses disciples, il y a de cela 2000 ans, est toujours valable aujourd’hui : « Venez à l’écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu » (Marc 6.31). Ellen White a corroboré ce message dans ses commentaires : « Il n’est pas sage de rester toujours sous la tension de l’effort et de l’excitation, même pour s’occuper des besoins spirituels des hommes, car alors on néglige la spiritualité personnelle et l’esprit et le corps se trouvent surmenés… Nous devons prendre le temps de méditer, prier et étudier la Parole de Dieu29. » Il y a un temps pour travailler dur, mais il y a aussi un temps pour se détendre et reconstituer nos énergies. Cette leçon d’actualité est pertinente pour les membres d’un conseil d’administration et pour les employés d’une école.

Le rôle du conseil est de gérer l’institution, mais soyez des intendants vigilants et priants. Les conseils soutiennent une culture de prudence et s’assurent que les institutions suivent les directives et se conforment aux politiques. Comme Joseph en Égypte, les membres d’un conseil s’assurent que des dispositions sont prises pour les jours de pluie, les ralentissements économiques, et les désastres naturels. Ils se soucient de fournir des installations saines et sécuritaires pour les élèves, le personnel scolaire et les visiteurs.

En tant qu’intendants prudents, les membres d’un conseil s’assurent que l’institution ne s’engage pas dans des initiatives téméraires et grandioses. Ils veulent être sûrs qu’aucun projet n’est mis en branle sans une étude de faisabilité et une planification soignée. Ils approuvent des budgets conservateurs mais visionnaires et demandent que l’institution se conforme aux règles gouvernementales qui ne contredisent pas les instructions bibliques30. Ils s’attendent à ce que la direction de l’école leur donne un plan stratégique détaillé, visionnaire et réaliste, mis à jour annuellement, et même ils participent à son élaboration. Jésus a posé la question : « En effet, lequel d’entre vous, s’il veut construire une tour, ne s’assied pas d’abord pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi la terminer, de peur qu’après avoir posé les fondations, il ne soit pas capable d’achever, et que tous ceux qui le verront ne se moquent et ne disent : « Cet homme a commencé à construire, et il n’a pas été capable d’achever » (Luc 14.28-30).

Une des plus sérieuses responsabilités des conseils est la sélection de dirigeants compétents et engagés envers l’institution. Les membres d’un conseil ne peuvent pas se permettre d’attendre que l’équipe dirigeante actuelle devienne indisponible pour commencer à penser à de possibles remplacements. C’est la raison pour laquelle la planification de la relève est tellement cruciale. Le conseil et l’administration doivent être intentionnels dans la recherche à long terme d’options pour la direction future, tant au niveau du conseil qu’à celui de l’institution. Les grands leaders spirituels planifient leur propre succession : Josué était prêt quand Moïse a disparu. Élie a été le mentor d’Élisée. Jean le Baptiseur a dit de Jésus : « Il faut que lui croisse et que, moi, je diminue » (Jean 3.30). Barnabé a volontairement préparé Saul et Jean Marc. Paul a formé Tite et Timothée pour le ministère. Les conseils d’administration devraient faire la même chose pour assurer la stabilité et la croissance régulière de leurs institutions – en identifiant systématiquement des talents prometteurs et en fournissant des opportunités de croissance aux potentiels futurs dirigeants.

Des membres de conseils d’administration spirituels

Les membres des conseils qui sont spirituels accueillent, avec leurs différences, comme étant un don de Dieu, tous les étudiants et les employés. Ils voient en eux des enfants de Dieu indépendamment de leurs aptitudes, sexe, ethnicité, nationalité, ou âge. Les dirigeants doivent être accessibles et perçus comme prêts et désireux d’écouter les autres – enseignants, concierges, parents, et élèves inclus. Les membres d’un conseil conduits par l’Esprit promeuvent l’équité qui peut se traduire par une représentation et un traitement justes de tous les groupes de gens à tous les niveaux31.

Les conseils ont parfois à prendre des décisions difficiles qui affecteront le personnel, les étudiants, les familles et même l’église locale. Il s’agit d’une responsabilité sacrée qui doit être assumée avec humilité et dans la prière. Ces décisions peuvent être suscitées par des contraintes financières, une mauvaise conduite des employés, des inquiétudes en matière de sécurité, ou par des initiatives gouvernementales.

Le conseil peut aussi simplement reconnaître que les temps ont changé, et que l’institution a besoin de prendre une nouvelle direction. Les membres ont peut-être besoin de prendre des mesures et des décisions radicales, faire des changements importants, ou de procéder à un nettoyage en profondeur. C’est alors que l’intégrité des membres du conseil est testée.

Les membres des conseils ne peuvent pas se permettre d’adopter une attitude nonchalante. Dormir à l’aiguillage ou nier de dures réalités pourraient avoir un terrible impact sur la vie de nombreuses personnes et même menacer la viabilité de l’école. Il n’y a pas de place pour la complaisance. Les administrateurs du laisser-faire devraient démissionner (ou être retirés) pour faire de la place à des intendants responsables assumeront leurs responsabilités sacrées : Car « si la trompette produit un son incertain, qui se préparera au combat ? » (1 Corinthiens 14.8)33. En fait, même la patience de Dieu a ses limites. Notre Jésus, humble et doux, a su qu’il était temps de nettoyer le temple34, et il est passé à l’action de façon étonnante. Les membres d’un conseil d’administration qui ne veulent pas être accusés de manquement au devoir sont appelés à faire de même. Scott Cowen, président émérite de la Tulane University, a fait la recommandation suivante à ceux qui veulent être des administrateurs efficaces : « N’ayez pas peur de vous attaquer à la vache sacrée ». Et il ajoute : « Pour diriger avec intégrité, vous devez prendre des décisions fondées sur des principes qui tiennent compte des réalités particulières auxquelles vous faites face »35.

Dans la chambre secrète de leur âme, les administrateurs doivent s’engager à prendre position pour ce qui est juste et ce qui assure l’intégrité de l’institution. Dans ces moments décisifs, les membres des conseils chercheront conseil auprès de Dieu, ils ceindront les reins de leur entendement, seront sobres et agiront en temps opportun avec sensibilité, bon sens, sagesse et détermination. « Quel est donc l’esclave avisé et digne de confiance que le maître a nommé responsable de ses domestiques, pour leur donner la nourriture en temps voulu ? Heureux cet esclave, celui que son maître, à son arrivée, trouvera occupé de la sorte ! » (Matthieu 24. 45. 46).

Conclusion : « Et qui est capable d’une telle mission36 ? »

Les chrétiens, étant imparfaits, sont exhortés à s’humilier et à dédier à nouveau leur cœur à Dieu en passant du temps dans la prière et la méditation, et en serrant sa Parole dans leur cœur37. Quand les membres des conseils d’administration suivent cette exhortation, leur vibrante spiritualité rayonnera dans les institutions de l’Église. Daniel avait développé l’habitude de prier trois fois par jour38. Néhémie avait offert une prière silencieuse dans la présence du roi39. Joseph se sentait constamment en présence de Dieu40. Job offrait un sacrifice quotidien pour ses enfants41. Les membres des conseils devraient suivre l’exemple de ces géants de la foi et intercéder quotidiennement pour les membres de leur famille, mais aussi pour la famille de l’école. Dans le livre Prophètes et Rois, l’auteur nous rappelle que les défis du leadership ne peuvent être relevés que par la prière, et offre cet encouragement à ceux qui dirigent :

« Ils ne seront jamais confus s’ils ont recours à la source de toute sagesse. Fortifiés et éclairés par le divin Maître, ils pourront affronter avec succès les mauvaises influences, et discerner entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux. Ils approuveront ce que Dieu peut approuver, et lutteront farouchement contre les principes erronés32. »

La promesse est certaine : « Si l’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu qui donne à tous généreusement et sans faire de reproche, et elle lui sera donnée » (Jacques 1.5). Dieu est prêt à faire des choses extraordinaires pour nos institutions éducatives. Tout dépend de notre état de préparation. L’exhortation de Josué aux Israélites s’applique aussi aux administrateurs : « Consacrez-vous, car demain le Seigneur fera des choses étonnantes parmi vous » (Josué 3.5).


Cet article a été revu par des pairs.

Bordes Henry Saturné

Bordes Henry Saturné, Ph.D., est professeur agrégé de leadership en éducation et directeur du programme d'administration de l'enseignement supérieur au département de leadership de la School of Education de l'Université Andrews, Berrien Springs, Michigan, États-Unis. M. Saturné est titulaire d'un doctorat en sciences religieuses de l'Université de Strasbourg, à Strasbourg, France. Il est également titulaire d'une maîtrise en théologie (M.Th.) de l'Université de Strasbourg et d'une maîtrise en éducation (M.Ed.) de l'Atlantic Union College, South Lancaster, Massachusetts, États-Unis. Au cours des 35 dernières années, il a été pasteur, directeur général d'une station de radio, directeur d'école, surintendant des écoles, vice-président de collège et d'université dans plusieurs États américains et dans deux pays : New York, Massachusetts, Haïti et Thaïlande. Ses intérêts de recherche portent sur les défis et les possibilités propres aux établissements d'enseignement confessionnels. M. Saturné est actuellement président de la commission scolaire Ruth Murdoch Elementary School Board à Berrien Springs, au Michigan.

Référence recommandée :

Bordes Henry Saturné, GOUVERNANCE ET SPIRITUALITÉ : le profond impact de la santé spirituelle des membres des conseils d’administration sur les institutions qu’ils gouvernent, Revue d’éducation adventiste.

NOTES ET RÉFÉRENCES

  1. Chaque membre du conseil d'administration a un pouvoir d'influence. Il devrait être consacré à Dieu. Ellen G. White a écrit : « Plus leur situation sera importante, plus grande sera leur responsabilité ; plus leur influence sera étendue, plus aussi se rendront-ils compte de leurs besoins et de leur dépendance de Dieu. Qu’ils ne perdent jamais de vue que celui qui a reçu une charge est appelé à se conduire d’une façon exemplaire avec ses semblables, et doit se comporter devant Dieu comme un homme qui a besoin d’apprendre. La situation ne confère pas la sainteté. C’est en honorant le Seigneur et en obéissant à ses commandements que l’on devient vraiment grand. » (Prophètes et Rois, Éditions Signes des Temps, p. 18, 19, 1967.
  2. Nombres 13.30 (NBS) : « Caleb fit taire le peuple devant Moïse. Il dit : "Montons et prenons possession du pays ; nous serons vainqueurs ! » Tous les textes bibliques de cet article sont cités dans la version de la Nouvelle Bible Segond, NBS, 2002.
  3. Voir George R. Knight, "Education for What ? Thoughts on the Purpose and Identity of Adventist Education ", The Journal of Adventist Education (octobre-décembre 2016) : 6-12 ; et John Wesley Taylor V, " What Is the Special Character of an Adventist College or University ? Ibid., (janvier-mars 2017) : 24-29.
  4. Ellen G. White, Éducation, Éditions Vie et Santé, p. 17, 1986.
  5. Luc 22. 31, 32.
  6. Lou Solomon, Becoming Powerful Makes You Less Empathetic, Harvard Business Review (21 avril 2015) : https://hbr.org/2015/04/becoming-powerful-makes-you-less-empathetic .
  7. Richard Exley, Perils of Power (Silver Spring, Md. : Ministerial Association, General Conference of Seventh-day Adventists, 1995), 66.
  8. Dan Allender, Leading with a Limp : Turning Your Struggles Into Strengths (Colorado Springs, Colo. : WaterBrook Press, 2006), 8, 9.
  9. Ellen G. White, "Words of Counsel", Review and Herald 80:17 (28 avril 1903) : 7.
  10. David Rousseau, "A Systems Model of Spirituality", Journal of Religion and Science, 49:2 (juin 2014) : 476-508.
  11. Bruce W. Speck, "What Is Spirituality ?" New Directions for Teaching and Learning, 2005:104 (hiver 2005) : 8.
  12. Duane Covrig, Janet Ledesma et Gary Gifford, "Spiritual or Religious Leadership : What Do You Pracice ? What Should You Practice ?" Journal of Applied Christian Leadership 7:1 (2013) : 104-113.
  13. Philip Kenneson, "What’ in a Name ? A Brief Introduction to the 'Spiritual but Not Religious,'" Liturgy 30 : 3 (juillet 2015) : 3-13.
  14. Joanna Crossman, "Secular Spiritual Development in Education From International and Global Perspectives", Oxford Review of Education 29:4 (décembre 2003) : 503-520.
  15. Wendy Cadge et Mary E. Konieczny, ""Hidden in Plain Sight" : The Significance of Religion and Spirituality in Secular Organizations ", Sociology of Religion 75:4 (décembre 2014) : 551-563.
  16. Louis Fry et Mark Kriger, "Towards a Theory of Being-centered Leadership : Multiple Levels of Beings as Context for Effective Leadership ", Human Relations 62:11 (septembre 2009) : 1681.
  17. Voir Hébreux 9.
  18. Voir Actes 18.18-28.
  19. Voir Ésaïe 1. 11-15.
  20. NBS.
  21. Voir Galates 1.14.
  22. White, Prophètes et rois, p. 481.
  23. Le personnel enseignant (enseignants et administrateurs) est sous contrat avec la fédération d'embauche. Cela signifie que la fédération est légalement responsable de l'emploi, du licenciement ou de tout changement dans le statut d'emploi du personnel éducatif. Le personnel non enseignant (p. ex., cafétéria ou conciergerie/entretien) est généralement engagé par contrat par l'école, ce qui rend l'administration responsable des conditions de son emploi. Pour cette raison, les conseils scolaires locaux doivent consulter le surintendant de l'éducation de la fédération locale lorsqu'ils recommandent des mesures qui auront une incidence sur l'emploi du personnel enseignant. Le Manuel d’Église, le Code de l'éducation de la maternelle à la 12e année, diverses politiques confessionnelles de travail et les règlements gouvernementaux contiennent des politiques claires concernant le congédiement ou le licenciement. Voir aussi Charles McKinstry, "The Firing of Mary Mediocre : The Case for Due Process at the School Board", The Journal of Adventist Education 70:5 (été 2008) : 16-19.
  24. Deutéronome 28.13.
  25. Ellen G. White, Patriarches et Prophètes, p. 474, Éditions SDT, 1973.
  26. Éducation, p.300.
  27. Testimonies for the Church (Mountain View, Californie : Pacific Press Publishing Association, 1868), 1:103-105 ; Virgil Robinson, James White (New York : Teach Services, 2005), 171-178.
  28. Galates 5.23. Voir Sam Williams, Galatians (Nashville, Tenn. : Abingdon Press, 1997), 151 ; Gerhard Kittel, Theological Dictionary of the New Testament (Grand Rapids, Mich. : Eerdmans Publishing Co., 1964), II:339-342.
  29. Ellen G. White, Jésus Christ, p. 351-356, Éditions SDT, 1977.
  30. Romains 13. 1-7; Actes 5.27-29.
  31. Ésaïe 56 ; Actes 10.34; Romains 2.11-16; Apocalypse 7.9 et 14.6.
  32. Voir Actes 10.34, 35; Michée 6.8; Lévitique 19.20; et Deutéronome 10.17-19.
  33. Les dirigeants du conseil d'administration peuvent encourager avec bienveillance les membres inefficaces à prendre leurs responsabilités plus au sérieux ou à laisser tranquillement leur place à quelqu'un d'autre qui a le temps, l'intérêt ou les compétences nécessaires pour contribuer de façon importante au progrès de l'institution. Les statuts et règlements de certains établissements contiennent des dispositions concernant les absences excessives des membres du conseil d'administration ou leur incapacité persistante à soutenir l'établissement.
  34. Marc 11.15-18.
  35. Scott Cowen, “Want to Be a Really Effective Trustee?” Higher Education Today (juillet 2012): https://www.higheredtoday.org/2018/07/11/want-really-effective-trustee/ 
  36. Voir 2 Corinthiens 2.14-17.
  37. Psaumes 119.11.
  38. Daniel 6.10.
  39. Néhémie 2.4.
  40. Genèse 39.2-5.
  41. Job 1.5.
  42. White, Prophètes et Rois, p.19.