Best Practices At Work | Scott Moncrieff • Anneris Coria-Navia

Le comment et le pourquoi de la création d'un club de lecture pour le corps professoral

Selon l’expert en pédagogie de l'enseignement supérieur, Maryellen Weimer, « la plupart des professeurs ne lisent pas beaucoup de matériel pédagogique. On ne s'attend pas à ce que nous développions nos connaissances pédagogiques de la même façon qu'on s'attend à ce que nous nous tenions à jour dans nos domaines1. » Ainsi, le perfectionnement des enseignants dans l’enseignement supérieur exige une voie qui lui est propre. Au printemps 2015, un membre du personnel de l’université Andrews, à Berrien Springs dans le Michigan, aux États-Unis, Anita Gonzales, a reconnu ce besoin et inauguré un club de lecture pour le corps professoral (Faculty Book Club – FBC). Ce groupe, depuis, se rencontre trois fois par semestre pour partager un repas à la cafétéria et discuter d’un livre touchant à un aspect particulier de la pédagogie de l’enseignement supérieur. Les participants partagent également leurs expériences pédagogiques et échangent conseils et rétroactions avec leurs collègues.Les participants n’ont pas à remettre de rapport à la fin du FBC, le groupe se concentrant actuellement sur le développement d’opportunités de dialogue.

Les FBC sont un genre de communauté d'apprentissage du corps professoral (Faculty Learning Community – FLC). La recherche sur les effets des FLC a été extrêmement positive. Ils créent des connexions et des réseaux pour les enseignants qui sont isolés, favorisent des programmes d’études multidisciplinaires et aident à construire une communauté dans l’enseignement supérieur2. De plus, les FLC sont un processus efficace par lequel les éducateurs acquièrent une meilleure compréhension de leurs pratiques et développent leur capacité d'enseignement, la cohésion du corps professoral, la persévérance scolaire et la satisfaction des étudiants3.

Les FLC ont augmenté l’intérêt du corps professoral dans l’enseignement et l’utilisation accrue d’une pédagogie efficace, amélioré les résultats d’apprentissage des étudiants et aidé à promouvoir l'érudition de l'enseignement4. Nous, les auteurs, sommes d’accord avec Parker Palmer qui, dans The Courage to Teach, déclare que « la croissance de tout métier dépend d’une pratique commune et d’un honnête dialogue entre les gens qui le pratiquent. Bien sûr, nous grandissons par tâtonnements, mais notre bonne volonté d’essayer et d’échouer est sérieusement limitée quand nous ne sommes pas soutenus par une communauté qui encourage un tel risque5. »

En tant qu'institution nouvelle dans les processus formels de soutien au corps professoral, l’université Andrews a dû trouver des moyens d’offrir des pratiques continues, durables et à fort impact, dans le cadre d'un budget limité. Depuis son premier semestre, le club de lecture a grandi et a fonctionné à sa capacité estimée à près de trente membres, pendant plusieurs semestres. La direction du FBC a été transférée à la directrice du Center for Teaching and Learning Excellence, Anneris Coria-Navia, à l’automne 2016. Au printemps 2017, les professeurs Coria-Navia et Scott Moncrieff, du département d’anglais, ont collaboré dans une étude qualitative pour évaluer l’efficacité du FBC dans la promotion de l'autoréflexion sur l'enseignement et l'évolution des pratiques d'enseignement.

Au cours de la première année, Gonzales, Moncrieff et Coria-Navia ont animé le FBC d’Andrews au printemps et à l’automne. Au début de la deuxième année, des professeurs de différents départements ont été invités à l’animer. Notre pratique actuelle est que les animateurs créent des questions de discussion via Google Docs. Les questions de discussion servent de tremplin à la conversation mais les participants peuvent discuter d’autres sujets en rapport avec la lecture assignée. Les professeurs ont commencé à envoyer des recommandations de livres qu’ils veulent lire dans le FBC, et nous choisissons les ouvrages en nous basant sur ces recommandations.

En moyenne 25 professeurs se sont inscrits volontairement au FBC chaque semestre via EventBrite (une plateforme en ligne qui permet aux individus de planifier et promouvoir des événements). La directrice du Center for Teaching and Learning remet les livres gratuitement aux professeurs inscrits, et une liste de courriels est créée à travers EventBrite pour les annonces. Les professeurs fréquentent le club au jour indiqué et ils participent à la discussion. Nous offrons trois sessions le même jour, avec un animateur désigné pour chaque groupe. Les professeurs peuvent assister à la session qui correspond le mieux à leurs horaires et peuvent aussi changer de groupe à un jour donné si nécessaire. La discussion a lieu à la cafétéria qui offre aux participants un repas gratuit. Nous alternons la tenue des sessions : les lundis à l’automne et les mardis au printemps afin de faciliter les différents horaires d'enseignement.

Une discussion plus approfondie de notre recherche sera présentée dans un article en préparation, mais contentons-nous ici de dire que le FBC a eu un  impact positif très fort sur ses participants quant à leur façon d’envisager l’enseignement ainsi que la pratique en classe. Il est aussi clairement ressorti de nos entrevues avec les participants que sans une structure formelle de responsabilité et d’engagement comme le FBC, les professeurs sont beaucoup moins portés à la lecture de livres portant sur la pédagogie de l’enseignement. Les coûts pour l’institution de cette activité de développement professionnel est plutôt faible, environ 45 dollars américains par professeur membre par semestre pour le livre et les trois repas. L’investissement est certes modeste comparativement aux résultats encourageants rapportés par les participants. Nous croyons que le FBC représente un bon modèle de soutien pédagogique continu et durable pour le corps professoral.

Dans le reste de cet article, nous présentons de brèves descriptions et des réflexions personnelles sur les livres que nous avons utilisés pour le FBC. Notre espoir est que cela inspirera d’autres institutions qui n’ont pas de FBC de penser à en fonder un. Nous voulons aussi donner aux éducateurs intéressés par une pédagogie efficace une liste d’excellents livres qu’ils pourront vouloir lire. La discussion sur ces livres se situe dans un contexte d’enseignement supérieur. Par contre, la majorité des bonnes idées pédagogiques pourraient s’appliquer ou s’adapter à un contexte de la maternelle à la douzième année. Voir notre encadré de la maternelle à la douzième année pour plus d’idées pouvant combler les besoins de ce milieu.

The Courage to Teach de Parker Palmer (Jossey-Bass, 1998, 2007)

L’aspect le plus frappant du livre de Parker Palmer est qu’il ne présente pas de stratégies pédagogiques pour la conception des cours ou des leçons quotidiennes. Les principes dans The Courage to Teach sont invariablement connectés aux thèmes de l’identité, de l’introspection et de la communauté, ceux-ci étant la clé de la réussite de l’expérience de l’enseignant. Les chapitres sont construits sur la supposition sous-jacente que les relations humaines sont la forme la plus puissante, tout en étant sous-utilisée, de soutien personnel et professionnel des enseignants.

Palmer se penche sur l’ironie de l’enseignement. En effet, nous établissons des relations avec nos étudiants, mais en tant que membres du corps professoral, nous travaillons généralement de manière isolée les uns des autres : « Les ressources qui pourraient nous aider à mieux enseigner sont disponibles l'un auprès de l'autre – si nous pouvions y avoir accès. Mais, bien sûr, voilà le hic. La culture académique construit entre collègues des barrières encore plus hautes et plus larges que celles entre nous et nos élèves. La compétition qui nous garde fragmentés par la peur est en partie responsable de ces barrières. Mais elles s’érigent aussi parce que l’enseignement est peut-être la profession la plus privatisée de toutes les professions publiques6. »

Palmer encourage ses lecteurs à creuser profondément au cœur de ce qu’ils sont en tant qu’individus et enseignants. Il pose des questions pertinentes et en rapport avec le travail que les enseignants font chaque jour. Celles-ci les aideront à développer une vue d'ensemble des raisons pour lesquelles ils enseignent.

Le livre de Palmer présente un nouveau principe pédagogique, à savoir l’idée d’une éducation centrée sur la matière. Cela ressemble beaucoup à l’expérience que j’ai eue, moi, Anneris Coria-Navia, récemment avec un collègue. Il m’expliquait que nous ne « couvrons » pas le matériel d’un cours mais que plutôt nous le « révélons ou découvrons ». Cette idée que le sujet et non l’élève ou l’enseignant est au centre de l’éducation est un changement sémantique qui m’a poussée à réfléchir profondément aux grands principes dans les matières que j’enseigne. Ce changement est important, vu que nous sommes constamment en butte à la rhétorique et au défi au niveau institutionnel selon lequel nous devrions fournir une éducation centrée sur l’apprenant. Le livre de Palmer donne au lecteur l’envie de s'engager dans les grandes questions de pourquoi, comment et ce que nous enseignons. Alors que nous réfléchissons et essayons de répondre à ces questions, peut-être que nous pourrions nous tourner vers l’appui de collègues dévoués pour des réponses et la quête de la vérité. Cela peut être le point de départ d’un dialogue formateur et de soutien parmi les éducateurs.

What the Best College Teachers Do de Ken Bain (Harvard University Press, 2004)

Ken Bain a fait des recherches sur les meilleures pratiques des enseignants dans plus d’une centaine d’institutions et les a condensées dans ce livre phare. Par exemple, Bain montre comment les meilleurs enseignants inspirent leurs élèves à opérer un changement de paradigme : cesser d’apprendre pour avoir une bonne note et commencer à apprendre pour l’intellectuelle. Il encourage les enseignants à aider leurs élèves à discerner plus clairement et objectivement ce qui relève de l’art et de l’érudition et non nécessairement ce qui leur fera obtenir la meilleure note. Bain suggère que les meilleurs professeurs lors de ses études ont eu une influence soutenue, substantielle et positive sur la façon dont les élèves pensent, agissent et ressentent7.

Sur un second point, cela faisait un certain temps que moi, Anneris Coria-Navia, réfléchissais à l’idée de partager le pouvoir sur les processus de prise de décision dans le cours. Certaines des questions qui encadraient ma réflexion tournaient autour de qui a le contrôle et qui prend les décisions par rapport à l’apprentissage. Mais aussi, s’il fallait que les enseignants lâchent prise du pouvoir et permettent aux élèves de participer au dialogue et de s’approprier l’apprentissage. Bain déclare que « la confiance dans les élèves dépendait du rejet par l'enseignant du pouvoir qu'il avait sur eux. Les éducateurs que nous avons observés invitaient les gens à poursuivre d’ambitieux objectifs et promettaient de les aider à les atteindre, mais ils laissaient les apprenants au contrôle de leur propre éducation8. » Bain présente aussi quelques principes sur la façon dont cela peut se faire. Une idée qui m'est restée est le langage du programme d'études. Bain suggère que le programme d’études devrait être une invitation à un festin plutôt qu’une collection de règles et de règlements. Dans chacun de mes cours d’éducation, j’utilise un court extrait où il décrit ce principe, et j’invite les étudiants à s’engager avec moi dans la conception du cours pendant les deux premières semaines du cours qui dure un semestre. Les étudiants apprécient l’opportunité de donner leurs commentaires et leur rétroaction, et le document est amélioré par leurs idées et leurs contributions. Ce livre offre une bonne combinaison de grandes idées et de stratégies pratiques.

Leaving the Lectern : Cooperative Learning and the Critical First Days of Students Working in Groups de Dean A. McManus (Anker 2005)

MacManus rapporte comment ses pratiques pédagogiques transformatrices – du cours magistral à l'apprentissage coopératif – ont découlé du fait qu'il se trouvait dans une situation malheureuse9. Bien que réussissant apparemment bien dans l’enseignement, et même encore plus en tant qu’expert en océanographie, MacManus n’éprouvait aucune joie à enseigner pour à peine répondre aux attentes de l'emploi. Déjà bien avancé dans sa carrière, à la suite d’une « véritable » conversation avec des élèves, il a réalisé que pour qu’un apprentissage de premier ordre se produise chez les étudiants, il fallait qu’il modifie la façon dont il avait structuré ses cours pendant des décennies.

Il détaille les changements qu’il a opérés et les essais et erreurs du processus, tout en montrant comment les recherches sur l’enseignement et l’apprentissage ont soutenu (ou non) ses décisions. Bien que largement axé sur une seule stratégie d'apprentissage coopératif (le puzzle des « experts »), le processus de changement et l’honnêteté et la transparence avec lesquelles il approche « l’abandon du pupitre », font de ce livre un outil intéressant et précieux. Avec McManus et certaines des ressources qu’il fournit à titre indicatif, un enseignant ambitieux pourrait faire une refonte de ses cours pour profiter de l’apprentissage coopératif.

Make It Stick : The Science of Successful Learning de Peter C. Brown, Henry L. Roediger III et Mark A. McDaniel (Harvard/Belknap, 2014)

Make It Stick catégorise et résume les nombreuses études expérimentales sur la façon dont les gens apprennent le plus efficacement. Le premier chapitre « L’apprentissage est mal compris » critique quelques stratégies inefficaces mais largement utilisées comme la relecture et la « pratique en masse » (faire la même chose à répétition afin de développer l’aisance). Au lieu de cela, les auteurs plaident pour un rôle plus actif de l'apprenant dans la « récupération » et proposent « des quizz à faibles enjeux et des autotests, l’espacement des pratiques, l'entrelacement de la pratique de sujets ou de compétences différents mais reliés entre eux, d’essayer de résoudre un problème avant de recevoir la solution et de distiller les principes ou règles sous-jacents qui différencient les types de problèmes »10. Ils affirment que ces pratiques sont toutes des façons plus efficaces, et ayant été empiriquement vérifiées, d’améliorer la rétention de l’apprentissage et d’améliorer la profondeur de l’apprentissage.

Make It Stick devrait aider les enseignants à éliminer les stratégies d’apprentissage en classe qui sont inefficaces et à les remplacer par de meilleures. Par exemple, moi, Scott Moncrieff, j’ai modifié ma stratégie de quizz dans mon cours de théorie littéraire le semestre dernier. Ayant appris combien une récupération régulière est importante pour l’apprentissage des élèves, je n’ai jamais manqué de donner mon quizz hebdomadaire. Et parce que j’étais plus conscient du besoin des élèves de continuer à réviser du matériel précédemment étudié, j’ai consacré un tiers à la moitié du quizz de la semaine à du matériel du semestre précédent. J’ai également essayé d’introduire régulièrement des questions intégratives ou comparatives pour exiger des élèves qu'ils synthétisent le matériel actuel avec le matériel précédent.

Il est extrêmement bénéfique que les enseignants disposent d’informations sur les stratégies les plus efficaces pour améliorer l’apprentissage des étudiants, et qu’ainsi la conception des cours puisse s’aligner sur les meilleures pratiques. Cela améliore le succès et la confiance de l’enseignant et de l’élève. Les enseignants peuvent dire à leurs élèves « j’enseigne cela ou je vous demande de faire cela parce que c’est une façon éprouvée d’améliorer votre apprentissage. » À cette fin, Make It Stick est un excellent livre.

Small Teaching : Everyday Lessons from the Science of Learning de James Lang (Jossey-Bass, 2016)

Lang, avec humour, candeur et un langage clair et net, donne vie à des stratégies qui, bien qu’au premier abord semblent simples, peuvent néanmoins avoir un impact significatif sur l’apprentissage des étudiants. Un des aspects le plus efficace de l’approche de Lang est que la majorité de ces stratégies n’exige pas une refonte des cours. Au contraire, celles-ci peuvent être intégrées dans la leçon du lendemain. La lecture de la table des matières suffit à contextualiser où et à visualiser comment ces stratégies ont leur place dans notre travail d’éducateurs. Les mots des titres de chaque chapitre expriment leur essence – comme « prédire », « s’expliquer » et « motiver ».

L’ouvrage de Lang est en relation étroite avec les principes discutés dans Make It Stick. Il est très utile de lire les deux ouvrages et ils sont abordables. (Le total Kindle pour les deux est de moins de 30$ US.)

Le dernier tiers du livre de Lang se concentre sur l’inspiration des étudiants. Sa recommandation d’« infuser l’apprentissage d’un sens du but et particulièrement d’un but autotranscendant11 », et de s’y appliquer, est particulièrement importante. Lang cite des recherches qui montrent que les « formes les plus puissantes d’intentionnalité se manifestent quand les étudiants voient la capacité de leur apprentissage de rendre le monde meilleur12. »

Small Teaching a influencé la façon dont moi, Anneris Coria-Navia, j’explique pourquoi nous faisons les choses en classe. Cela aide les étudiants à savoir que lorsqu’ils font des quizz à faibles enjeux deux ou trois fois par période de cours, ce n’est pas seulement pour voir ce qu’ils ne savent pas mais plutôt pour évaluer ce qui doit être mis en valeur ou réappris en vue d'une rétention à long terme. Mes étudiants ont aussi apprécié d’être souvent incités à penser sérieusement à développer une motivation intrinsèque pour apprendre et s'engager avec le matériel du cours et le monde. Les étudiants ont apprécié connaître le « pourquoi » et aussi d’avoir des stratégies qui les aident à mieux étudier et à s’engager plus pleinement dans leurs cours et avec leurs pairs. Les petits changements de Lang peuvent faire une grande différence dans l’apprentissage des étudiants.

Teaching and Christian Imagination de David I. Smith et Susan M. Felch (Eerdmans 2016)

Ce livre, écrit par des professeurs du Calvin College, est la première approche ouvertement chrétienne de l’enseignement supérieur que nous avons utilisée dans le FBC (automne 2017). Les auteurs parlent de la façon dont dans tous les domaines, les sciences et les affaires inclus, nous structurons constamment notre compréhension à travers l’imagination et l’utilisation de métaphores, comme dans la constellation de l’imagerie de combat pour « lutter » contre la maladie. Ainsi ils ont entrepris d’employer trois métaphores capacitives pour encadrer les possibilités d’enseigner dans une perspective chrétienne : partir en voyage ou en pèlerinage, prendre soin d’un jardin, et ériger un bâtiment.

Chaque métaphore est examinée dans divers contextes et nuances sur plusieurs chapitres. Par exemple, la section sur le pèlerinage identifie le langage du pèlerinage ou du voyage utilisé dans les contextes éducatifs comme « couvrir beaucoup de terrain », « se laisser distancer », « rester sur la piste », « s'enliser dans une ornière », couvrir le matériel « pas à pas »13. Ensuite, il y a discussion sur la destination finale ou le but du voyage, la relation de l’enseignant avec l’élève, la différence entre touristes et pèlerins, et la relation de chaque journée du voyage avec l’arc global du parcours. L’examen de notre propre pratique en classe à travers tout ce langage de voyage nous aide réellement à repenser où l’on s’est rendu et comment on pourrait apprécier voyager différemment à l’avenir. Par exemple, le chapitre intitulé « What Sustains the Journey » se penche sur ce qui rafraîchit et renouvelle à la fois l’élève et le professeur à travers les rigueurs du voyage tout au long du semestre – et pour le professeur, année après année, semestre après semestre. Lire des livres comme celui-ci est un des moyens qui rallume mon enthousiasme et mon intérêt pour l’enseignement. Ils me demandent de réfléchir délibérément aux objectifs plus larges de ce que je fais moi, Scott Moncrieff, en utilisant de nouvelles perspectives et de voir comment ces perspectives peuvent éclairer ce que je fais d’un cours à l’autre.

Grit : The Power of Passion and Perseverance de Angela Duckworth (Scribner 2016)

Nous ne lisons pas souvent un best-seller du New York Times au FBC mais voilà une exception. Duckworth, psychologue à l’université de Pennsylvanie, définit la détermination (grit) comme une combinaison de passion et de persévérance. Ses nombreuses histoires et descriptions de travaux de recherche inspireront et instruiront quiconque voudrait réaliser de plus près son potentiel. Le livre est divisé en trois sections : « Qu’est-ce que la détermination et pourquoi c’est important » ; « Cultiver la détermination de l’intérieur vers l’extérieur » (par soi-même) ; « Cultiver la détermination de l’extérieur vers l’intérieur » (en contexte d’équipe).

Grit est une lecture utile dans le contexte de l’éducation supérieure en termes de conseils académiques. Le chapitre 8 sur la « raison d’être » propose une excellente discussion sur la recherche et le développement de la vocation personnelle. Le livre dans son ensemble sera aussi utile pour aider les enseignants à articuler efficacement après des élèves le rôle que l’effort joue dans l’apprentissage et la réussite. Il y a un certain chevauchement important entre la « détermination» de Duckworth et le fameux « état d’esprit de croissance 14» de Carol Dweck.Duckworth construit explicitement sur le fondement de Dweck dans son chapitre « Espoir », mais moi, Scott Moncrief, je considère que ces deux livres sont complémentaires plutôt que redondants.

Le livre n’est pas ouvertement chrétien, mais il se prête très facilement à des applications chrétiennes. La passion de Duckworth le conduit à utiliser « la science psychologique pour aider les enfants à s’épanouir15 ». Elle ne cesse de parler des façons dont notre détermination peut être utilisée non seulement pour notre réussite personnelle mais aussi pour le bénéfice des autres. Mieux que tout, bien que certaines personnes puissent avoir naturellement plus la détermination que d’autres, Duckworth cite de nombreux exemples qui illustrent que chacun d’entre nous peut montrer plus de détermination. Dans la semaine qui a suivi la lecture de ce livre, à deux ou trois occasions, j’ai eu plus de détermination tout simplement parce que j’ai pu me dire « ne peux-tu pas montrer un peu plus de détermination ? »

Actuellement, le club de lecture pour le corps professoral est un programme bien établi à l’université Andrews. Il répond à un besoin certain des professeurs qui veulent discuter et améliorer leur enseignement, et s’exposer à de nouvelles et stimulantes idées sur la façon d’enseigner mieux. Nos animateurs de discussion et nos livres pour l’année 2018-2019 sont déjà choisis. Ces livres mettront l’accent sur la mise en valeur des forces potentielles de la diversité. À l’automne, nous lirons Disunity in Christ : Uncovering the Forces That Keep Us Apart de Christena Cleveland (InterVarsity Press 2013) et au printemps Diversity’s Promise for Higher Education : Making It Work de Daryl G. Smith (John Hopkins University Press 2009).

Cet article a été revu par des pairs.

Scott Moncrieff

Scott Moncrief, Ph.D., est professeur d’anglais à l’université Andrews à Berrien Springs dans le Michigan, aux États-Unis. Il a obtenu son doctorat à l’University of California à Riverside, en Californie. Il est spécialiste de la littérature victorienne et a publié et fait des présentations sur les romanciers Jane Austin, Charles Dickens, George Eliot et Anthony Trollope. Scott Moncrief a déjà écrit pour le JAE traitant du contenu difficile dans les romans et les films. Il a aussi écrit sur les attitudes adventistes face à la fiction et révisé de nombreux romans adventistes pour l’Adventist Review.

Anneris Coria-Navia

Anneris Coria-Navia, EdD, est professeure associée des programmes d’études et de l’enseignement, et directrice du Center for Teaching and Learning à l’université Andrews. Elle a obtenu son doctorat à l’University of Southern California. Ses intérêts de recherche comprennent les réseaux sociaux dans l’éducation et les pratiques efficaces dans les organisations d’apprentissage de la maternelle à la douzième année et dans le développement professionnel.

Citation recommandée :

Scott Moncrieff et Anneris Coria-Navia, “Le comment et le pourquoi de la création d'un club de lecture pour le corps professoral ,” Revue d´éducation adventiste, N° 46 Available at https://jae.adventist.org/fr/2018.4.7.

NOTES ET RÉFÉRENCES

  1. John C. Bean, Engaging Ideas: The Professor's Guide to Integrating Writing, Critical Thinking, and Active Learning in the Classroom (Hoboken, N.J.: Wiley, 2011), Foreword.
  2. Milton D. Cox, “Introduction to Faculty Learning Communities: New Directions for Teaching and Learning,” Building Faculty Learning Communities 97 (mai 2004): 5-23.
  3. Diane R. Wood, “Narrating Professional Development: Teachers’ Stories as Texts for Improving Practice,” Anthropology and Education Quarterly 31:4 (décembre 2000): 426-448.
  4. Cox, “Introduction to Faculty Learning Communities,” 5-23.
  5. Parker J. Palmer, The Courage to Teach: Exploring the Inner Landscape of a Teacher’s Life (San Francisco: Jossey-Bass, 1998, 2007), 148.
  6. Ibid., 146.
  7. Ken Bain, What the Best College Teachers Do (Cambridge: Harvard University Press, 2004), 74.
  8. Ibid.
  9. Dean A. McManus, Leaving the Lectern: Cooperative Learning and the Critical First Days of Students Working in Groups (Boston: Anker Pub., 2005), 4-6.
  10. Peter C. Brown, Henry L. Roediger, and Mark A. McDaniel, Make It Stick: The Science of Successful Learning (Cambridge, Mass.: Harvard University Press, 2014), 21.
  11. James M. Lang, Small Teaching: Everyday Lessons From the Science of Learning (San Francisco: Jossey-Bass, 2016), 174.
  12. Ibid., 175.
  13. David I. Smith and Susan M. Felch, Teaching and Christian Imagination (Grand Rapids, Mich.: William B. Eerdmans Publishing Company, 2016), 71.
  14. Carol S. Dweck, Mindset: The New Psychology of Success (New York: Ballantine Books, 2016).
  15. Angela Duckworth, Grit: The Power of Passion and Perseverance (New York: Scribner, 2016), 159.