Tron Wilder • Steven Baughman

ABORDER LES DÉPENDANCES COMPORTEMENTALES CHEZ LES ADOLESCENTSCRÉER UNE CULTURE SCOLAIRE DE PRÉVENTION

Édition spéciale

Les dépendances comportementales

Aucun administrateur scolaire ne voudrait avoir à effectuer ce genre d’appel téléphonique, mais malheureusement, cela devient de plus en plus fréquent. Ces appels comportent à la fois une part d’inquiétude pour le bien-être de l’élève et une part de frustration face à une situation difficile que l’on ne sait pas comment gérer au mieux :

« M. Jones, le directeur Smith à l’appareil1. Je vous appelle pour fixer avec vous un rendez-vous au sujet de Simon et de son avenir dans notre école. Lors de notre rencontre au début du trimestre, notre inquiétude tournait autour de la fréquence avec laquelle votre fils jouait à des jeux sur Internet, et ses deux entorses aux règlements scolaires sur l’usage acceptable de l’internet en visitant des sites Web inappropriés. Nous vous avons fait part des rapports du directeur d’internat et de ses enseignants. Le directeur de l’internat a signalé que Simon joue souvent à des jeux toute la nuit. Ses enseignants ont signalé qu’il manquait souvent les premiers cours du matin, et que s’il assistait aux autres cours de la matinée, il y dormait.

« Lors de cette première rencontre en septembre, en accord avec le conseiller d’éducation, nous avons établi pour Simon un plan comportemental qui incluait le retrait de la console de jeu de sa chambre, la restriction de l’usage d’Internet et son consentement d’arriver en classe à l’heure. Lors de notre deuxième rencontre en novembre, nous vous avons signalé que nous avions trouvé une console de jeu dans la chambre de Simon, qu’il persistait à jouer jusqu’aux petites heures du matin et continuait à sécher ses cours.

« Nous avons ajouté au plan comportemental de Simon des rencontres hebdomadaires avec le conseiller d’éducation. Il a manqué ces rencontres de suivi hebdomadaires, n’a pas pris de douches ni quitté sa chambre, et voilà trois fois qu’il enfreint le règlement scolaire sur l’usage acceptable d’Internet. Nous craignons que son comportement ne révèle un problème plus profond. Il est combatif et hostile, et nous le regrettons, mais nous n’avons pas les ressources professionnelles pour l’aider. Nous pensons qu’il est temps de rechercher pour lui l’aide d’un professionnel en santé mentale. »

L’inquiétude à l’autre bout de la ligne est palpable. La réponse parentale peut varier entre une frustration exaspérée ne sachant que faire d’autre si le fils ou la fille ne peut plus fréquenter l’école adventiste locale, un merci résigné et une acceptation de la décision, voire une discussion ouvertement hostile et combative sur la façon dont l’école a laissé tomber l’adolescent en question. Peu importe la réaction à son appel, l’administrateur reste souvent sur le sentiment que plus aurait pu être fait, joint à la frustration de ne pas savoir quoi. Alors quelle est, pour les éducateurs, la meilleure ligne de conduite quand un étudiant se débat avec une dépendance comportementale ?

Trop manger, faire un usage excessif de la technologie, regarder à maintes reprises de la pornographie sont des comportements qui, bien que n’évoluant pas toujours vers des dépendances, sont tous des problèmes croissants que les administrateurs scolaires doivent être préparés à aborder. Les dépendances comportementales constituent un concept émergent nouveau. Par contre, les comprendre et envisager comment les écoles adventistes – en dépit de leurs ressources limitées – peuvent créer une culture de prévention, peut aider les éducateurs à mieux atteindre leurs objectifs globaux d’un développement mental, physique et spirituel équilibré de l’étudiant.

La dépendance comportementale chez les adolescents

Avant d’établir comment aborder les dépendances comportementales, il est primordial de comprendre quels sont les genres d’actions qui entrent dans cette catégorie. Historiquement, les dépendances ont été définies comme des dépendances à des substances telles les drogues et l’alcool. Cependant, les experts découvrent de plus en plus que certaines activités – comme celles énumérées plus haut mais en y ajoutant d’autres comportements comme les achats, le travail, ou même le sport – poursuivies de manière compulsive, peuvent se développer en dépendances « non chimiques  »ou « comportementales »2. On définit une dépendance comportementale comme étant « le besoin d’actions répétitives, initié par une envie qui ne peut être réprimée, et qui permet à l’individu de fuir des tensions, de les engourdir, les calmer, de se détendre, d’apaiser l’anxiété ou de se sentir euphorique3.  »Bien qu’il ait été proposé que les dépendances comportementales constituent une nouvelle catégorie dans la révision du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DMS-5)4, pour le moment il n’existe pas de modèle diagnostique qui inclut les critères nécessaires à l’identification des comportements en tant que dépendances en situation clinique. Malgré cela, les dépendances comportementales sont de plus en plus reconnues comme des formes de dépendances pouvant être traitées5.

De nombreuses activités qui peuvent se transformer en dépendances sont des activités quotidiennes essentielles telles que manger, se divertir et utiliser la technologie. Cependant – comme avec de nombreuses autres créations divines – Satan les a corrompues pour en faire des activités aux conséquences potentiellement dangereuses socialement, mentalement et physiquement. Ce phénomène est particulièrement préoccupant pour les étudiants du niveau secondaire et au début de l’université, ceux-ci étant très vulnérables aux dépendances comportementales6. Les dépendances comportementales les plus courantes et les plus problématiques parmi les adolescents incluent la nourriture, les jeux d’argent, le sport, le sexe et la pornographie, les achats, l’internet et les jeux d’ordinateur et vidéo7.

Les étudiants qui luttent avec des dépendances comportementales ont également des problèmes sous-jacents tels que la dépression, la solitude, un handicap social, l’agression ou la distractibilité, ce qui les amène à se tourner vers des dépendances comportementales comme stratégie d’adaptation. En fait, plus souvent qu’on n’y songerait, les individus identifiés avec une dépendance comportementale sont aussi diagnostiqués avec un autre trouble coexistant8. Malheureusement, l’incidence de tels troubles mentaux chez les adolescents ne risque pas de changer dans l’immédiat, la pression croissante pour réussir à l’école et une peur paralysante de l’échec continuant à harceler les élèves10.

Avec une rapidité effrayante, ces dépendances comportementales – de nombreux professeurs et administrateurs en témoignent – affectent les élèves des écoles adventistes du septième jour. Un groupe de chercheurs observant des élèves de 13 à 19 ans fréquentant des écoles adventistes – écoles de jour, pensionnats ou écoles indépendantes – dans la Division nord-américaine, a conclu que plus de 25 % d’entre eux luttaient contre des problèmes comme le manque d’exercice physique, de mauvaises habitudes de sommeil, des sentiments de gêne, de solitude, de dépression ou de tristesse. Ils avaient aussi de mauvaises habitudes alimentaires. Or tous ces problèmes, parmi d’autres, ont le potentiel de conduire à de mauvaises stratégies d’adaptation et donc au risque accru de développer des dépendances comportementales11.

Méthodes qui réussissent pour les écoles adventistes

De nombreuses écoles, sans excepter les écoles adventistes, sont mal préparées pour gérer le problème croissant des dépendances comportementales. D’une part, il y a une insuffisance de personnel formé, et d’autre part il y a un manque de compréhension quant à la manière de réagir face aux situations de dépendances comportementales12. À cause de ce manque de ressources et de formation, une réaction typique, dans de nombreuses écoles adventistes, pourra probablement inclure une réunion d’un personnel bien intentionné – mais non qualifié – cherchant à aborder une dépendance comportementale comme si elle pouvait être réglée par une exclusion provisoire des cours, et la promesse de l’élève qu’il ne recommencera plus jamais. Cette approche disciplinaire est souvent réactive et enracinée dans la méthode punitive de gérer une mauvaise conduite comme boire ou fumer sur le campus.

Certes, les dépendances comportementales sont dangereuses, mais des comportements comme l’utilisation abusive d’Internet ou l’excès d’exercice physique ne sont pas soignés efficacement avec des messages d’abstinence basés sur la peur. En fait, bien que la recherche analysant spécifiquement les approches punitives dans les dépendances comportementales soit modeste, elle démontre que ces approches n’ont pas traité, dans les écoles, l’usage des substances qui créent une dépendance, avec succès13. Il est préférable que les étudiants comprennent ce qu’est une dépendance comportementale, et qu’ils soient éduqués à partir de faits solides et basés sur des recherches qui augmentent la prise de conscience, le soutien et l’éducation alors que l’on aborde ces genres de dépendances14. De plus, les éducateurs doivent chercher à corriger les causes sous-jacentes des dépendances plutôt que de se concentrer seulement sur les comportements.

Prévenir plutôt que punir

Alors, que devraient faire les éducateurs pour venir en aide aux étudiants qui sont aux prises avec des dépendances comportementales ? Tout d’abord, il faut absolument se rappeler quels sont les buts fondamentaux pour lesquels les écoles adventistes ont été fondées. Les éducateurs adventistes ont le mandat de former leurs élèves à « apprendre à penser par eux-mêmes, à ne pas se contenter d’être le miroir de la pensée des autres15 », tout en se rappelant les dangers pour nos élèves « de s’assimiler au monde plutôt qu’à l’image de Christ16 ». Trouver le juste milieu entre ces deux responsabilités relève d’un défi et, par moment, peut être frustrant, mais l’une et l’autre sont indispensables quand on veut aider ses étudiants à développer un caractère fort. En gardant à l’esprit cette perspective essentielle, les éducateurs adventistes peuvent développer et mettre en place des programmes proactifs qui aident et encouragent les élèves alors qu’ils construisent leur caractère, plutôt que de s’attendre à ce qu’ils possèdent déjà la maturité et la détermination de prendre les bonnes décisions quant aux comportements qui pourraient mener aux dépendances.

Les résultats de la recherche en 2002 sur la santé des adolescents (National Longitudinal Study of Adolescent Health17) indiquent qu’une façon d’empêcher les élèves d’adopter des comportements dangereux est de veiller à ce qu’ils aient un sentiment d’appartenance à leur école. Agir et répondre de manière adéquate dès les premiers signes d’une dépendance comportementale18 chez un élève sont des facteurs clés qui l’aideront à se sentir associé à la mission de son école.

Les institutions d’éducation devraient mettre en œuvre des politiques de soutien : par exemple offrir plus de ressources en matière d’aide psychologique et éducative, plus d’interventions à l’école et en dehors de l’école pour réduire l’anxiété et le stress et plus de mentorat de comportement positif19. Plus encore, en créant un climat scolaire accueillant et chaleureux, on permet aux élèves de sentir que le personnel les épaule sincèrement, tout en augmentant leur bonne volonté de parler à des adultes sans crainte de punition20. Pour plus d’informations sur les stratégies et les actions que les administrateurs scolaires peuvent prendre pour accroître le sens d’interdépendance avec l’école, voir : http://www.cdc.gov./healthyyouth/protective/pdf/connectedness_administrators.pdf21.

Offrir une formation et un soutien adaptés

Un programme de qualité conçu pour un milieu scolaire doit inclure une formation et un soutien adaptés de la part du personnel afin de lui permettre d’identifier et d’interagir avec les élèves qui manifestent d’éventuels signes de dépendances comportementales22. La majorité des écoles adventistes, de la maternelle à la fin du secondaire, n’ont pas de budget pour engager des conseillers à temps plein23, et ainsi la responsabilité de s’occuper des besoins émotionnels et de santé mentale des étudiants revient souvent aux professeurs et au personnel scolaire. Le défi est de taille pour des éducateurs peu formés pour s’occuper adéquatement d’élèves ayant des besoins de santé mentale, et déjà accablés par les exigences d’un emploi dans une école ayant une pénurie de personnel. Dans un article précédent de la Revue d’éducation adventiste dont le sujet était de faire de la santé mentale une priorité dans les écoles adventistes24, l’auteur proposait plusieurs mesures que les administrateurs scolaires pouvaient prendre pour améliorer les services de santé mentale offerts dans nos écoles. Plusieurs de ces suggestions peuvent être modifiées pour correspondre aux cas de dépendances comportementales, particulièrement dans les écoles aux ressources et à la formation limitées.

  1. Offrir des ateliers par des professionnels qualifiés pour aider les professeurs à reconnaître les signes précurseurs des dépendances comportementales et aider les élèves à risque. (Une ressource utile se trouve sur : http://www.mentalhealthfirstaid.org/.)
  2. Penser à engager un conseiller d’éducation ou passer un contrat avec un professionnel en santé mentale qui peut offrir une éducation et un soutien continus pour le personnel scolaire sur les façons de gérer des cas de dépendances comportementales. (Afin d’aider à déduire les coûts pour les écoles locales, un conseiller« itinérant  »pourrait être coordonné au niveau de la fédération.)
  3. Prendre connaissance des ressources disponibles dans la communauté auxquelles les étudiants en difficulté pourraient se référer25. (Prenez note que les traitements efficaces pour les dépendances comportementales impliquent souvent des approches similaires à celles utilisées pour les dépendances chimiques, comme les programmes des douze étapes, la thérapie de l’accroissement motivationnel, les traitements psychosociaux, la thérapie cognito-comportementale, les médications).
  4. Créer un système scolaire de soutien au comportement. (Pour des ressources et de l’information, voir : http://www.pbis.org/school/swpbis-for-beginners.)
  5. Veiller à inclure dans le manuel de l’élève les dépendances comportementales et les mesures appropriées pour y faire face. Cela témoigne de l’engagement de l’école envers le développement global de chaque élève.

Programmes de soutien par les pairs

La plupart des éducateurs qui travaillent avec les adolescents et les jeunes adultes sont conscients que le groupe des pairs influence grandement le comportement adolescent, mais ils perçoivent son influence négativement. La pression des pairs est largement vue comme le point de départ de toutes sortes de problèmes chez les adolescents dont, entre autres, les dépendances, l’expérimentation sexuelle et même le suicide26. C’est pourquoi, le personnel scolaire cherche d’habitude à exercer un contrôle plus serré sur les relations avec les pairs27. Les éducateurs n’arrivent pas ainsi à reconnaître le potentiel que représente le soutien par les pairs quand il s’agit de conforter et d’encourager les jeunes qui luttent contre différentes sortes de problèmes. Les programmes avec les pairs peuvent être des méthodes incroyablement efficaces en utilisant l’influence des pairs28.

Les programmes de soutien par les pairs, plutôt que d’isoler et d’exclure les étudiants qui sont en difficulté – ce qui pourrait peut-être augmenter la probabilité de comportements de dépendance – recherchent l’aide d’étudiants encadrants afin de trouver des façons de rattacher les élèves à la culture de l’école. Lorsqu’ils sont mis en œuvre correctement, les programmes de soutien par les pairs font preuve de leur efficacité dans l’amélioration du climat scolaire et des relations entre les pairs. Ils diminuent les incidents de comportements violents, abaissent les taux d’exclusion provisoire et encouragent les élèves à agir de manière responsable29. L’adaptation du modèle de soutien par les pairs afin de répondre aux besoins spécifiques des étudiants permet en fait à ces programmes d’aider à prévenir l’aggravation des comportements de dépendances30. Pour un guide de ressources détaillé afin de mettre sur pied un programme de soutien par les pairs voir : http://partnersagainsthate.org/publications/Peer_Leadership_guide.pdf 31.

Le soutien de la famille

Lorsque les adolescents sont aux prises avec des comportements de dépendances, le personnel scolaire doit rapidement impliquer les membres de la famille dans le processus de résolution. Les étudiants qui se débattent avec des dépendances ne reconnaissent pas nécessairement leur besoin d’aide. Il faut donc souvent que l’orientation vers un traitement soit proposée par les parents ou les éducateurs. Il arrive que ces étudiants considèrent cette implication parentale ou scolaire comme une ingérence dans leur vie personnelle. Ainsi pour que les traitements réussissent, il faut que parents et éducateurs travaillent de concert de manière positive et productive. La consultation familiale, l’éducation sur les comportements de dépendances, ainsi que des stratégies pour composer avec la colère et la perte de confiance constituent des aspects importants d’un traitement réussi32.

Il est indispensable qu’une communication continue et honnête s’établisse entre les élèves et les enseignants, et entre les enseignants et les parents. Toutefois, chacun doit reconnaître que s’occuper de dépendances est un processus de tous les instants. Quand un élève reçoit un soutien communautaire intensif, le directeur doit rester en contact avec la famille mais aussi avec les fournisseurs de soins, afin de voir quelles mesures additionnelles le personnel scolaire pourrait prendre afin d’aider l’élève en butte à une dépendance comportementale. Lorsque le plan de traitement doit être suivi à l’école, les parents devraient être impliqués à part entière dans sa réalisation. De plus, on devrait fournir aux parents des ressources afin de leur permettre d’offrir leur soutien à la maison de la manière la plus efficace.

Identité personnelle et soutien spirituel

En fin de compte, pour aborder efficacement les dépendances comportementales, il faut offrir aux étudiants la possibilité de mieux construire leur identité personnelle et leurs valeurs spirituelles33. Il faut enseigner aux élèves l’importance de la prière et le recours à l’aide divine alors qu’ils empruntent le chemin de la guérison. Tous les efforts possibles devraient être faits pour les orienter vers des conseillers ou des thérapeutes comportementaux qui sont prêts à inclure ces éléments dans leur traitement. Cette période de développement tumultueuse, pour tout adolescent, présente un énorme défi et constitue une tâche complexe. Pour la traverser, l’apprentissage de stratégies d’adaptation permettra à tous les jeunes de s’assumer. « Les traitements qui sont efficaces ne doivent pas seulement se pencher sur le comportement de dépendance, mais aussi aider l’adolescent à assumer les tâches développementales normales de la formation de l’identité, celles-ci étant trop souvent négligées alors que le comportement est un moyen que le jeune utilise pour composer avec les problèmes de la vie. Le traitement devrait se concentrer sur la résolution efficace des problèmes et les habiletés sociales nécessaires pour bâtir une estime de soi34.  »Voilà des éléments signifiants d’un soutien spirituel lorsqu’ils sont appuyés par un conseiller ou un thérapeute prêt à inclure la foi dans le traitement.

Les institutions adventistes du septième jour devraient être des lieux où les étudiants peuvent trouver le soutien et l’encouragement dont ils ont besoin pour faire face à des comportements problématiques, dont les dépendances comportementales. En fait, des études révèlent que, grâce à leur philosophie religieuse, les écoles adventistes du septième jour peuvent présenter un avantage significatif lorsqu’il s’agit d’aborder les dépendances comportementales. En effet, il a été démontré que la pratique religieuse constitue un important facteur de protection contre les dépendances adolescentes35. Certes, il ne faudrait pas utiliser la réalité de notre nature pécheresse comme justificatif de nos mauvais comportements, mais on peut être grandement réconforté par la pensée que « tous, en effet, ont péché et sont privés de la gloire de Dieu  »(Romains 3.23, NBS). Un chercheur adventiste l’a bien fait remarquer : les adventistes ont tendance à dépeindre les personnes en butte à des dépendances comme des individus « moralement faibles », et d’affirmer que s’ils voulaient seulement prier plus, ils n’auraient pas tel problème36. Le personnel adventiste doit veiller assidûment à protéger les étudiants de l’intériorisation d’un sens de dévalorisation. Bien au contraire, il devrait utiliser les réels défis que ceux-ci rencontrent pour des « moments propices à l’apprentissage  »afin de les aider à faire plus efficacement face aux tentations et aux luttes du péché, tout en cherchant à développer un caractère qui reflète mieux le Créateur.

Conclusion

En fin de compte, toute école adventiste du septième jour fera face à des situations impliquant des dépendances comportementales. Les administrateurs doivent donc développer des plans et des politiques visant à aider les étudiants qui ont à lutter avec ces genres de comportements. Ils doivent le faire sur la base des recherches en cours, de façon préventive, et non selon les mesures punitives traditionnelles. Les écoles doivent développer des programmes de formation pour le personnel et les professeurs visant à les aider à identifier les signes avant-coureurs des dépendances comportementales, et mettre en place des ressources sur les façons de gérer ces situations quand elles se présentent. Le corps professoral, le personnel, les administrateurs, les étudiants et les familles doivent travailler conjointement afin de créer un environnement scolaire qui encourage une saine discussion sur les dépendances comportementales avec lesquelles les élèves peuvent se démener. Au final, et c’est peut-être la chose la plus importante, il faudrait que soit mis en place un programme qui soutienne l’élève en butte à des dépendances comportementales, mais de façon à ce que soient facilités sa croissance personnelle, son identité, son développement spirituel et qu’il soit préparé « à la joie du service qui sera le sien dans ce monde, et à la joie plus grande encore du vaste service qui l’attend dans le monde à venir37».


Cet article a été revu par des pairs.

Tron Wilder

Tron Wilder, Ph.D., est professeur adjoint à la School of Education and Psychology à l’université adventiste de Southern à Collegedale, dans le Tennessee. Avant de joindre le corps professoral à Southern, il a travaillé dans plusieurs districts d’écoles publiques dans le Tennessee et dans l’État de Géorgie en tant que psychologue scolaire. Son travail consistait alors à évaluer les difficultés émotionnelles, comportementales et d’apprentissage des élèves, et à travailler avec les éducateurs et les parents pour développer des programmes pour aider les élèves ayant des difficultés. T.Wilder a la passion de toucher et d’enseigner les élèves en utilisant divers modes d’apprentissage.

Steven Baughman

Steven Baughman, M.Ed., est directeur de l’Indiana Academy à Cicero, en Indiana, depuis 2013. Il a passé 10 ans à enseigner l’anglais et l’histoire à la Highland Academy à Portland dans le Tennessee.

Citation recommandée :

Tron Wilder and Steven Baughman, “ABORDER LES DÉPENDANCES COMPORTEMENTALES CHEZ LES ADOLESCENTS CRÉER UNE CULTURE SCOLAIRE DE PRÉVENTION,” Revue d’éducation adventiste 42:1 (Avril–Mai, 2016). Available at https://jae.adventist.org/fr/2017.3.4.

NOTES ET RÉFÉRENCES

  1. Les noms sont des pseudonymes.
  2. Reef Karim et Priya Chaudhri, “Behavioral Addictions: An Overview,” Journal of Psychoactive Drugs 44:1 (mars 2012):5-17. doi: 10.1080/ 02791072. 2012.662859.
  3. Ibid., p. 5.
  4. American Psychiatric Association, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5e éd. (Washington, D.C.: American Psychiatric Association, 2013).
  5. Jon E. Grant et coll., “Introduction to Behavioral Addictions,” American Journal of Drug and Alcohol Abuse 36:5 (septembre 2010):233-241. doi: 10.3109/00952990.2010.491884.
  6. R. Andrew Chambers, Jane taylor, et Marc N. Potenza, “Developmental Neurocircuitry of Motivation in Adolescence: A Critical Period of Addiction Vulnerability,” American Journal of Psychiatry 160:6 (juin 2003):1041-1052; John L. Evenden, “Varieties of Impulsivity,” Psychopharmacology 146:4 (octobre 1999):348-361. doi: 10.1007/PL00005481.
  7. W. Bryce Hagedorn et Tabitha Young, “Identifying and Intervening With Students Exhibiting Signs of Gaming Addiction and Other Addictive Behaviors: Implications for School Counselors,” Professional School Counseling 14:4 (avril 2011):250-260.
  8. Mark Griffiths et Ian Sutherland, “Adolescent Gambling and Drug Use,” Journal of Community and Applied Social Psychology 8:6 (novembre/décembre 1998):423-427.
  9. Seyyed Salman Alavi et coll., “Behavioral Addiction Versus Substance Addiction: Correspondence of Psychiatric and Psychological Views,” International Journal of Preventive Medicine 3:4 (avril 2012):290-294.
  10. Arielle Eiser, “The Crisis on Campus: American Psychological Association Is Working With Congress to Address Serious Mental Health Problems on College Campuses,” Monitor on Psychology 42:18 (septembre 2011): http://www.apa.org/monitor/2011/09/crisis.campus.aspx. Accédé le 1 février 2016.
  11. Ellen Crosby, Shirley Freed, et Elvin Gabriel, “Personal Problems of Seventh-day Adventist Academy Students,” Journal of Research on Christian Education 15:1 (printemps 2006):77-93. Cette étude a interrogé des étudiants de 14 écoles secondaires adventistes aux États-Unis (écoles de jour, pensionnats, écoles indépendantes) en classe régulière, en utilisant le questionnaire Personal Problems Checklist for Adolescents (PPC-A). L’étude basée sur l’auto-évaluation des élèves analysait les différences entre les garçons et les filles, et entre les groupes d’âge de 13 et 14 ans et de 18 et 19 ans.
  12. Hagedorn et Young, “Identifying and Intervening With Students Exhibiting Signs of Gaming Addiction and Other Addictive Behaviors,” op. cit.
  13. National Institutes of Health, “Preventing Violence and Related Health-Risking Social Behaviors in Adolescents: An NIH State-of-the-Science Conference.” Survol de la conférence présenté au Natcher Conference Center, Bethesda, Md., octobre 13-15, 2004: https://consensus.nih.gov/2004/2004youthviolencepreventionsos023html.htm; Clea A. Mcneely, James M. Nonnemaker, et Robert W. Blum, “Promoting School Connectedness: Evidence From the National Longitudinal Study of Adolescent Health,” Journal of School Health 72:4 (avril 2002):138-146.
  14. Maressa Hecht Orzack et Deborah S. Orzack, “Treatment of Computer Addicts With Complex Comorbid Psychiatric Disorders,” Cyberpsychology and Behavior 2:5 (octobre 1999):465-473; Kimberly S. Young, “Internet Addiction: Symptoms, Evaluation, and Treatment,” in L. VandeCreek and T. Jackson, éds., Innovations in Clinical Practice: A Source Book (Sarasota, Fla.: Professional Resource Press, 1999), vol. 17, p. 19-31.
  15. Ellen G. White, Éducation (Dammarie les Lys, France : Éditions Vie et santé, 1986), p.20.
  16. Ellen G. White, Counsels for the Church (MountainView, Calif.: Pacific Press Publ. Assn., 1957), p. 83.
  17. Mcneely et coll., “Promoting School Connectedness,” op. cit.
  18. Hagedorn et Young, “Identifying and Intervening With Students Exhibiting Signs of Gaming Addiction and Other Addictive Behaviors,” op. cit.
  19. Marsha Rosenbaum, “A Reality-based Approach to Teens and Drugs,” NASP Communiqué 33:4 (2004).
  20. Gail Taylor Rice, “Warmth: The Missing Ingredient in Adventist Schools,” The Journal of Adventist Education 55:4 (avril/mai 1993): http://circle.adventist.org//files/jae/en/jae199355040406.pdf.
  21. U.S. Department of Health and Human Services, Fostering School Connectedness: Improving Student Health and Academic Achievement: http://www.cdc.gov/healthyyouth/protective/pdf/connectedness_administrators.pdf. Accédé le 1 février 2016.
  22. Chien Chou, Linda Condron, et John C. Belland, “A Review of the Research on Internet Addiction,” Educational Psychology Review 17:4 (décembre 2005):363-388. doi: 10.1007/s10648-005-8138-1.
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  25. Grant et coll., “Introduction to Behavioral Addictions,” op. cit.
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  29. Karen Sheehan et coll., “Adapting the Gang Model: Peer Mentoring for Violence Prevention,” Pediatrics 104:1 (juillet 1999):50-54; Veerle Stevens, Paulette Van Oost, et Lise De Bourdeaudhuji, “The effects of an Anti-bullying Intervention Program on Peers’ Attitudes and Behaviour,” Journal of Adolescence 23:1 (février 2000):21-34; Reece L. Peterson et Russell Sciba, “Creating School Climates that Prevent School Violence,” Preventing School Failure 44:3 (printemps 2000):122-129.
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  37. Ellen G. White, Éducation, op. cit., p. 15.